Paul Nadar au Turkestan, 1890

Paul Nadar au Turkestan, 1890

 

Paul Nadar au Turkestan, 1890

 

                                                            Paul Nadar sur le cheval offert par l'émir de Boukhara


Biographie

 

Jusque-là, Paul Nadar (1856-1939), fils et héritier du célèbre photographe Félix Nadar, exerce son art dans le domaine du portrait. Toutes les personnalités de la seconde moitié du 19e siècle défilent dans son atelier, suivies de la bourgeoisie parisienne. Loin du confort de son atelier, il saisit avec bonheur la foule vivante et colorée des bazars et des marchés de Samarcande, Tilfis, Tachkent ou Boukhara, les chasses au faucon et à l'aigle, les grands espaces sablonneux du désert de Kara-Koum, le dépouillement des vestiges majestueux aux formes brisées habités par le silence. Ce reportage - riche d'un millier de clichés - témoigne de l'acuité de son regard et de la parfaite connaissance de son art. L'angle de prise de vue est judicieusement choisi, le contre-jour adroitement utilisé, les pleins et les vides harmonieusement mis en scène ; les ombres et les lumières jouent un jeu subtil avec les volumes.

Paul Nadar au Turkestan, 1890

Paul Nadar n'est ni un explorateur, ni un aventurier, mais simplement un photographe parisien en quête de paysages insolites et dont la curiosité est comblée, comme l'atteste la correspondance adressée à sa mère : « Ta chère pensée ne me quitte pas, petite mère, et j'ai le regret infini que ni toi ni papa ne connaissiez tout ce que je vois d'extraordinaire. J'en suis étourdi et il me semble que je suis transporté dans un pays de féeries où tout est imaginaire tellement ce qui s'est déroulé devant notre train et ce que j'ai vu depuis mon arrivée est tellement différent et en dehors de tout ce que l'on peut supposer ».

Paul Nadar au Turkestan, 1890

 

Son voyage suit les rares voies de communications alors en service entre l'Europe et l'Asie. Parti de Paris par l'Orient-Express, il arrive à Constantinople le 18 août 1890. Du port de Batoum sur la mer Noire, il rejoint Bakou en faisant étape à Tiflis. Enfin, la traversée de la mer Caspienne le mène au tout récent port russe d'Ouzoun-Ada, tête de ligne du Transcaspien. D'Ouzoun-Ada à Samarcande, il visite ce pays de déserts en utilisant cette unique voie de chemin de fer, puis en voiture à cheval, il poursuit son voyage jusqu'à Tachkent où il participe par une présentation de photographies à une exposition universelle.


Dans ces étendues désertiques où seules quelques oasis ont permis depuis la plus haute antiquité l'implantation de villes comme Merv, Boukhara, ou Samarcande, le chemin de fer, seule voie de communication, suit les anciennes étapes de la route de la soie. En 1890, le Transcaspien est encore en voie militaire, construite et administrée par les soldats russes. Français, photographe de renom, Paul Nadar obtient aisément un laissez-passer pour visiter cette province contrôlée militairement par l'armée tsariste. Recommandé par le général Komarov, gouverneur du Turkestan russe et le général Annenkov, ingénieur chargé de la construction du Transcaspien, il est reçu et même fêté à chaque étape par les officiers, les émirs, les beys.

Paul Nadar au Turkestan, 1890

 

Outre le classique matériel permettant d'effectuer des photographies sur plaques de verre 30x40 cm, difficiles à transporter sans dommage dans ce genre de reportage, il utilise de tous nouveaux appareils, mis au point par Eastman. Ces Kodak fonctionnent avec des pellicules souples, d'un transport et d'une utilisation beaucoup plus simples. Ils lui permettent de ramener des centaines de clichés qui représentent aujourd'hui un témoignage précieux sur un pays qui, en un siècle, a complètement changé d'aspect. Désertique en 1890, le Turkestan devient une importante région agricole. Les architectures islamiques, en particulier les mosquées de Samarcande, sont restaurées. Ces photographies nous invitent aujourd'hui à un double voyage : voyage en Asie centrale où les seuls noms d'Amou-Daria, Boukhara, Samarcande nous invitent aux rêves orientalistes, mais aussi voyage dans le temps quand les Turkmènes des steppes rencontrent l'Occident.