Le département de la photographie

Collection de référence sur le plan international, la MAP conserve l’un des plus grands ensembles de fonds photographique d’Europe. Environ cinq cents photographes, agences ou administrations y ont déposés des documents qui permettent d’éclairer leur travail, depuis la prise de vue jusqu’aux différents états de l’image photographique : archives papier, négatifs, planches-contacts, diapositives, autochromes, tirages d’expositions, publications. Ces fonds ne se limitent pas au patrimoine et à l’architecture, mais concernent aussi les beaux-arts, la première guerre mondiale, les studios de portraits, la photographie d’amateurs, de voyageurs et d’auteurs photographes.

Les supports conservés représentent environ cinq millions de tirages et quinze millions de négatifs. Cette importance est le fruit de la longue histoire du service et de la diversité de ses héritages. Le département de la photographie de la MAP est d’abord l’héritier de la collection photographique de l’administration des Monuments historiques, débutée en 1851 avec la « Mission héliographique », première commande publique de photographies faite par l’État : 258 négatifs papier et les tirages correspondants sur papier salé sont alors acquis auprès de Baldus, Le Gray, Le Secq et Mestral. Les acquisitions se poursuivent au cours des 19e et 20e siècles auprès de photographes comme Mieusement, Marville ou Atget, tandis que des fonds d’érudits comme Martin-Sabon ou l’architecte Lefèvre-Pontalis viennent abonder cet ensemble. Elles continuent aujourd’hui par les archives des architectes en chef des Monuments historiques et une veille sur le marché de l’art. Ces photographies représentent pour l'essentiel des édifices ou des objets protégés Monuments historiques, avant, pendant ou après leur restauration.

L’activité du service est également étendue aux beaux-arts, par la couverture photographique des expositions universelles et coloniales (1889-1937), les reproductions d’œuvres dans des musées publics et privés, français et étrangers. Des fonds spécialisés d’érudits (Fenaille sur la tapisserie, Vitry sur la sculpture) et les fonds généralistes des agences photographiques Bulloz et Druez-Vizzavona (accessible en consultation au fort de Saint-Cyr) complètent cet ensemble, précieux pour l’histoire de l’art et des collections muséales.

Entre 1915 et 1919, le service se transforme en unité gérée conjointement par les administrations des Beaux-Arts et de la Guerre. Ce qui devient la Section photographique et cinématographique des armées (SPCA) organise une documentation destinée à l’État-major et à la propagande, mais aussi au suivi du patrimoine en guerre. La MAP conserve aujourd’hui environ 902 autochromes, 130 000 tirages, les fonds d’origine étrangères et celui de la bienfaitrice américaine Ann Morgan, le reste de la production ayant été déposé à l’ECPAD et à la Contemporaine après la seconde guerre mondiale.

Les années 1950 marquent un infléchissement dans la politique du service. Tandis que certains acteurs organisent eux-mêmes leur campagne de prises de vues (création de l’ECPAD à la Défense, de la RMN pour les Beaux-arts), la photographie, de plus en plus appréciée pour sa valeur intrinsèque, fait l’objet de grandes acquisitions publiques. Le service reçoit en 1950 le fonds de l’atelier de Félix et Paul Nadar, soient environ 200 000 négatifs. En 1989, le ministère de la Culture organise l’acquisition du fonds du studio Harcourt : avec 5 millions de négatifs correspondant à 350 000 négatifs il est le plus volumineux des fonds photographiques actuellement conservés par la MAP.

La politique du ministère en faveur de la photographie se fait volontariste dans les années 1980 : à la suite de la donation Lartigue (1979), une quinzaine de photographes (dont André Kertész et Willy Ronis) font don de leur œuvre à l’État. Initialement gérés par l'Association française de diffusion du patrimoine photographique (AFDPP), dissoute en 2004, ces fonds sont désormais conservés et mis en valeur par la MAP. La donation Jacques-Henri Lartigue figure également dans ses collections, tout en étant gérée par l’association des Amis de Jacques Henri Lartigue (AAJHL). Héritière de l’AFDPP dont elle a repris la politique de collecte, la MAP a récemment reçu les donations de Denis Brihat, Gilles Caron et Gilles Ehrmann.

Enfin, depuis un siècle et demi, des fonds d’amateurs et de voyageurs ont également rejoint les collections de la MAP : on peut citer les pionnières Amélie Gallup et Pascaline Dubois, l’écrivain Émile Zola, l’orientaliste Félix Bonfils ou l’explorateur Désiré Charnay.

Depuis 2015, le service a entrepris une politique ambitieuse de collecte d'archives de photographes pour répondre aux nombreux besoins qui s'expriment dans cette profession : 1,2 million de phototypes ont fait leur entrée dans les collections entre 2015 et 2017, dont 530 000 environ correspondent à 13 nouveaux fonds.

L’accroissement, la conservation, la description et la valorisation scientifique et culturelle de cette collection sont mises en œuvre par une vingtaine d’agents. Plus de 800 000 images sont accessibles sur la plateforme ouverte du patrimoine POP, dans la base Mémoire. Les collections peuvent être consultées :

  • sur le site de Charenton-le-Pont pour les tirages anciens relatifs aux Monuments historiques ;
  • sur le site du fort de Saint-Cyr, où se situe le reste de la collection, sur rendez-vous.

Les fonds de la MAP font l’objet de nombreuses expositions et publications menées en partenariat, notamment avec le Jeu de Paume. L’agence photographique de la RMN-GP gère la diffusion commerciale de cet ensemble.

 

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