Accident de chemin de fer, 24 septembre 1905

Accident de chemin de fer, 24 septembre 1905

Accident de chemin de fer, 24 septembre 1905

Origine et date: 
Auguste Brutails, Saint-Macaire, Viaduc, septembre 1905
Artiste(s): 

Si les fonds conservés par la MAP n’ont pas fini de nous surprendre, l’inattendu surgit parfois au détour des chemins les mieux balisés. Prenez le fonds des Monuments historiques, par exemple, noyau dur de nos collections, tout entier centré sur l’architecture et le patrimoine ; et, dans ce fonds, l’ensemble produit par Auguste Brutails (1859-1929) : ce sont 1649 négatifs en ligne consacrés aux monuments du sud-ouest, dont il fut l’un des grands connaisseurs, et plus particulièrement aux églises de la Gironde, sujet de sa thèse de doctorat. Médiéviste et archéologue, diplômé de l’École des chartes, il s’est également fait photographe pour mieux nourrir ses travaux de recherches. Et voilà qu’au milieu des ensembles aux cadrages élégants, des nefs et chapelles, des vues de détail, des objets, le registre 16 inscrit cet article insolite : N°100819, Saint-Macaire, Viaduc, accident de chemin de fer [s.d.]

Le laconisme de l’inventaire sert admirablement le spectaculaire de la photographie. On se retrouve témoin sans s’y attendre, comme on imagine que cela a pu se produire pour Auguste Brutails. Était-il en tournée à ce moment-là, présent par le plus grand des hasards, venu avec le flot des curieux ou appelé sur les lieux pour ses compétences de photographe ? On découvre la scène avec lui, le contraste entre les machines fracassées et la tranquillité du paysage, la pose des badauds au premier plan – calme, ou sidération peut-être. C’est qu’il y a eu trois morts, le mécanicien, le chauffeur et un garde-frein... On le sait par Le Figaro du lendemain, dans la rubrique « Nouvelles diverses dans les départements » : l’accident survient entre 2 et 3 heures du matin, le 24 septembre 1905 ; sur la ligne Bordeaux-Montauban, en gare de Langon, trente-deux wagons du train de marchandises 1104 partent en dérive après une rupture d’attelage et viennent heurter, à Saint-Macaire, le train 2122 qui le suit à deux minutes d’intervalles, précipitant sa locomotive en contre-bas.

La belle perspective du viaduc justifie pleinement la présence de ce cliché dans le fonds MH, mais ce qui nous parvient encore du fracas de l’événement, après plus d’un siècle, redonne un je-ne-sais-quoi d’actualité à nos vieux fonds patrimoniaux qui ne laisse pas de nous troubler le regard…

Anne Cook, avril 2020.