André Kertész in Corsica

André Kertész in Corsica

André Kertész in Corsica

Origine et date: 
Une exposition présentée au musée de Bastia du 5 novembre au 19 décembre 2020 par le Centre Méditerranéen de la Photographie en partenariat avec la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine.
Artiste(s): 
1894
Budapest
1985
New-York

L’exposition du Centre méditerranéen de la photographie présente 51 tirages modernes qui nous font redécouvrir le reportage sur la Corse réalisé par Kertész pour la revue Art et médecine en 1933.

Depuis 1928, Kertész est l’un des photographes importants du magazine Vu, qui a donné à la photographie une place nouvelle dans la presse illustrée française. Ses premières images publiées dans Art et Médecine sont issues d’un reportage réalisé au pays basque en 1930 pour le magazine de Lucien Vogel. La revue réutilise les images de trois autres reportages, dont celui traitant de la Bretagne (1928)  et ceux mettant en scène les lieux fréquentés par le maréchal Lyautey  à Thorey, en Meurthe-et-Moselle, et par l’écrivain Maurice Barrès  à Charmes et à Sion-Vaudemont, dans les Vosges.


Parallèlement à l’utilisation des archives de Kertész pour de nombreuses illustrations d’articles consacrés à Paris et à l’Île-de-France ou sur celui consacré à la Savoie , la revue commande des reportages spécifiques au photographe, qui en profite pour renouer avec le monde rural et avec la photographie de paysages qu’il pratiquait pendant ses années en Hongrie . Ces reportages présentent des vues des villes et des campagnes environnantes selon le point de vue du photographe, dans une perspective narrative sans dénonciation des injustices sociales ou vision militante.


Le reportage réalisé sur la Corse est caractéristique du travail effectué par Kertész pour la revue. Il est le seul qui soit bien documenté dans les archives du photographe. À l’été 1932, le comte Peraldi, président du syndicat d’initiative et touristique d’Ajaccio et de la Corse, demande au docteur Debat de s’intéresser à son île afin d’en promouvoir l’image. Le programme de publication est déjà bouclé pour quelques mois. La revue propose  au photographe de réaliser un reportage spécifique sur l’île de Beauté au cours du mois de mai 1933. Le courrier précise qu’il devra illustrer les articles d’Abel Bonnard, Paul Morand et André Thérive. Les archives de Kertész permettent de retracer le reportage du photographe en Corse. Après avoir pris rendez-vous à Paris avec Anna de Marsan, le 1er mai, Kertész rencontre le docteur Debat jeudi 4 mai aux laboratoires de Garches. Ces rendez-vous ont sans nul doute pour objet de préciser le contenu des articles que le photographe doit illustrer.
Il profite du voyage dans le sud de la France pour faire étape à la Villa Orlamonde, à Nice, où il rejoint la « comtesse Maeterlinck » . C’est probablement à ce moment qu’il photographie ce palais dont les images sont publiées dans le numéro de novembre 1933.
Le 12 ou le 13, il s’embarque pour la Corse et son agenda devient muet pour une période de neuf jours. Dans ses bagages, il emmène trois appareils : un Rolleiflex, une petite chambre 9 x 12 cm et un appareil 6 x 9 cm. Un carnet de prises de vue  permet de préciser les étapes du photographe sur l’île de Beauté du 14 au 20 mai.
Il entame son circuit par le golfe de la Liscia, avant de terminer sa journée à Piana où son regard est attiré par les hommes assis à l’ombre de l’église. Le lendemain, après avoir déambulé dans les rues de Calvi, il visite l’île Rousse et Belgodère, dont il photographie le cimetière. Au soir, il prend une chambre à l’hôtel du Mouflon d’Or à Zonza, d’où il se rend à Porto-Vecchio avant de faire étape à Bonifacio. Il termine son périple à Ajaccio avant de rembarquer pour le continent. Comme à son habitude, il n’a pas photographié la Corse comme une destination de villégiature, mais les paysages et des moments de la vie quotidienne des habitants de l’île.
En cinq ou six jours, cheminant en automobile sur des routes rocailleuses, il a réuni une centaine d’images alternant paysages et scènes de la vie quotidienne. Au-delà de son talent, cette série, par le nombre de lieux visités, montre l’implication professionnelle de Kertész. Après la publication de l’album en décembre 1933, le comte Peraldi, charmé par les photographies du numéro se rapproche de Kertész pour lui proposer de publier certaines de ses images dans un dépliant touristique sur la Corse à paraître en 1935 .