Emile Zola allongé sur l’herbe en compagnie du chien Pinpin

Emile Zola allongé sur l’herbe en compagnie du chien Pinpin

Emile Zola allongé sur l’herbe en compagnie du chien Pinpin

Origine et date: 
Médan, septembre 1895
Artiste(s): 
1840
Paris
1902
Paris

Cette image, prise à Médan en septembre 1895, montre Émile Zola couché sur le flanc, dans l’herbe, en compagnie d’un chien noir à la frimousse vive, éveillée. Dans le corpus des photos de Zola, cette scène champêtre tranche par deux éléments inhabituels : d’une part, la position allongée de l’écrivain, qui le met en quelque sorte au niveau de l’animal ; d’autre part, l’absence de ses emblématiques lorgnons, comme s’il avait voulu se dépouiller de son sérieux, de son « masque » d’intellectuel.
Le chien, un loulou de Poméranie, est connu par d’autres photos et par la correspondance de l’auteur, qui l’avait baptisé Pinpin et lui donnait d’autres sobriquets affectueux ou comiques : « Monsieur Pin », ou « le chevalier Hector Pinpin de Coq-Hardi ».
Le 18 juillet 1898, son combat en faveur de Dreyfus ayant entraîné sa condamnation par les assises de Versailles, Zola s’embarque précipitamment pour l’Angleterre afin d’échapper à la prison. Pinpin, se croyant abandonné par son maître, meurt de désespoir le 20 septembre 1898. Dans la correspondance « londonienne » entre Zola et sa femme Alexandrine, l’échange à propos de la maladie puis de la mort du petit chien s’étale sur cinq lettres – alors qu’on aurait pu imaginer l’écrivain totalement accaparé par la cause dreyfusarde et la tragédie de l’exil.
En juillet 1899, soit quelques jours après son retour d’exil, Zola confie son chagrin dans une lettre envoyée à une rédactrice de L’Ami des bêtes, la première revue de défense des animaux qui venait d’être créée en février de la même année : « …puisque vous désirez quelques lignes de moi », écrit-il, « je veux vous dire qu’une des heures les plus cruelles, au milieu des heures abominables que je viens de passer, a été celle où j’ai appris la mort brusque, loin de moi, du petit compagnon fidèle qui, pendant neuf ans, ne m’avait jamais quitté. (…) Il m’a semblé que mon départ l’avait tué. J’en ai pleuré comme un enfant, j’en suis resté frissonnant d’angoisse, à ce point qu’il m’est impossible encore de songer à lui sans être ému. »

Si Pinpin était son chien favori, Zola avait une passion pour toutes les bêtes en général, et il ne pouvait se passer de leur compagnie, ce que reflètent sa correspondance et les témoignages de ses amis. Même dans sa jeunesse précaire et bohème, il fut toujours entouré de chats, de chiens, d’oiseaux. Il eut une guenon, des serins, des perruches du Sénégal. L’une de ses joies les plus authentiques, quand les droits d’auteur de L’Assommoir lui permirent d’acheter la propriété de Médan, fut d’y aménager une véritable ferme : vaste volière avec diverses espèces de poules, cabanes à lapins, et surtout une étable de grand luxe – dallée, avec des mangeoires en marbre, et les noms des vaches gravés dans le mur !
Cet amour profond pour les animaux – allant bien au-delà d’un simple penchant « naturaliste » – est un aspect peu connu de la personnalité de Zola. « Pourquoi les bêtes, sont-elles toutes de ma famille, comme les hommes, autant que les hommes ? » Dans un article pour Le Figaro (1895), il définit la cause des bêtes comme « intimement liée à la cause des hommes [au point que] toute amélioration dans nos rapports avec l’animalité doit marquer à coup sûr un progrès dans le bonheur humain. Si tous les hommes doivent être heureux un jour sur la terre, soyez convaincus que toutes les bêtes seront heureuses avec eux. »
Ces idées, assez largement répandues aujourd’hui, étaient révolutionnaires à l’époque où il les a exprimées. Sans faire de Zola un précurseur des animalistes, reconnaissons que certaines de ses réflexions anticipent la dimension éthique de leur combat. Par une extension logique de son humanisme fondamental, il s’érige en défenseur des animaux « au nom de la fraternité et de la justice », et leurs souffrances font vibrer en lui la même corde compassionnelle que les souffrances humaines, nées de la misère sociale décrite et dénoncée dans ses romans.