Fernand Baldet, Moulin de la Folie

Fernand Baldet, Moulin de la Folie

Fernand Baldet, Moulin de la Folie

Origine et date: 
Maintenon, 1932
Artiste(s): 
1885
Paris
1964
Paris

En 1932, sans doute à l'occasion d'une excursion scientifique à la mode à cette époque, Fernand Baldet visite Maintenon et Saint-Piat. Ce cliché donne l'occasion de voir le moulin de la Folie que je connais à travers les récits des « anciens » du village, mais que je n'aurai jamais l'occasion d'admirer. Et pour cause ! Si l'Eure entre ces deux villes compte plusieurs moulins du même type, celui-là est le seul dont il ne reste aucune trace.

Ce moulin avait été bâti en 1836 sur le domaine dit de la Folie, qui dépendait du château de Maintenon. Pourquoi Folie ? Sans doute, comme le suggère Littré, parce que cela vient de « feuille ; feuillée », plus largement « abri de feuillage ». Le terme désigne, à partir du 14e siècle, les maisons de campagne que se bâtissent aristocratie et bourgeoisie à l'orée des zones urbaines. Le domaine se compose aujourd'hui d'une ferme, d'un haras et des restes d'un manoir.

Le moulin de la Folie connaît un boom d'activité jusqu'en 1897, puis périclite. Située à moins d'un kilomètre du grand moulin de l'Orme-Halé, le seul encore actif aujourd'hui, sa chute d'eau devient insuffisante pour actionner la roue. En 1903, une laiterie y est installée par l'entreprise Maggi. Elle alimentait chaque jour Paris en lait frais et stérilisé.

Malheureusement, la seconde guerre mondiale éclate. Les Allemands s'installent un peu partout alentours. A Saint-Piat, un casernement occupe l'actuelle bibliothèque municipale. Au domaine de Grogneul, sur les hauteurs du village, avec vue imprenable sur la vallée de l'Eure, un casernement est bâti dans le parc et une batterie anti-aérienne est placée au sommet du grand cèdre étêté à cet effet. Le domaine de la Folie, en limite de Maintenon et Saint-Piat, n'échappe pas aux Allemands. Un casernement y est également installé. Des stocks importants de munitions sont cachés dans les prés, sous des bâches imitant des vaches ! Cependant, la ruse ne trompe pas les Alliés qui, en mai 1944, bombardent les lieux. L'explosion de la réserve de munitions est telle qu'elle souffle tous les vitraux médiévaux de l'église Saint-Piat, située à deux kilomètres. Au cœur de la déflagration, le moulin et le manoir ne résistent pas. Si le manoir est retapé, le moulin, lui, est conservé à l'état de ruines jusqu'à sa démolition totale en 1958.

Fatima de Castro, avril 2020