Le Touring club au Vietnam

Le Touring club au Vietnam

Le Touring club au Vietnam

Origine et date: 
Si la majorité du fonds du Touring Club se consacre aux patrimoines français, ce dernier ne se cantonne toutefois pas à la métropole. Au début du 20e siècle, la France s’étend en colonies africaines et asiatiques ; le Touring club suit.
Artiste(s): 

Un nombre impressionnant de comités est créé par le Touring Club de France dès sa mise en place pour offrir une couverture thématique apte à répondre aux spécificités du tourisme : comité du tourisme nautique (1904), du tourisme hivernal (1907), du tourisme de montagne (1908), du tourisme de camping (1912). Les territoires extra-métropolitains ne sont pas oubliés. En 1909 est créé le Comité du tourisme colonial, dont la genèse est relatée dans la Revue mensuelle du Touring-club de France de novembre 1909. Le rapport annuel paru dans le numéro de décembre 1909 justifie cette création par l’oubli dont ont été victimes les colonies, en particulier « cette admirable Indo-Chine, où l’art et la culture se disputent l’intérêt du voyageur, un art d’une ancienneté qui remonte aux premiers âges du monde, une nature exubérante et dont la jeunesse semble défier le temps ». À cette image d’Épinal fait suite un état d’esprit bien dans son temps : « C’est par le voyageur que les conquêtes se préparent et s’affirment. Envoyer des Français voyager en ces nouvelles Frances, c’est en prendre une possession plus profonde, plus intime, c’est les faire nôtres définitivement […] ». La première séance de travail du comité se tient le 6 novembre 1909 et détermine les grandes lignes d’action du TCF dans les colonies.

Une première brochure paraît (1910 ?), intitulée L’Indo-Chine française : sites, monuments, types, forêts vierges ; puis un guide, simplement intitulé Indo-Chine, la même année. Ce dernier présente les moyens de transports disponibles (voies maritimes et fluviales, chemin de fer, routes), les hébergements, un historique illustré de sites remarquables. Comme toujours, les clichés proviennent de membres, comme celui présenté ici, pris par Charles Lemire, visible à la dernière page du guide et ayant servi à illustrer une conférence du TCF (conférence n° 22). 

  
Charles Lemire (1839-1912), commis des Postes en charge de l’installation de lignes télégraphiques dans les possessions françaises, profite de ses multiples chantiers pour explorer les régions où il se trouve : Tonkin, Cambodge, Nouvelle-Calédonie. De 1886 à 1894, il part en Indochine en tant qu’administrateur colonial. De ce séjour, il tire des conférences une fois revenu en métropole ainsi que des publications (L’Indochine, 1884 ; Le Peuplement de nos colonies, 1896 ; Les Cinq pays de l’Indochine française, 1899).

Détouré à la gouache pour mettre en valeur la toiture, comme le montre la plaque de verre négative, ce cliché présente une maison traditionnelle de l’ethnie matriarcale Edé, installée sur les plateaux du centre Vietnam (ex. Tonkin). Sur pilotis, réalisées en bois, bambou, canne et rotin, ces maisons se divisent intérieurement en deux parties : le gah, espace pour la communauté et les invités ; l’ôk, espace dédié aux chambres, avec une cuisine. Le vide aménagé sous les pilotis est réservé au stockage et au bétail. Ces maisons regroupent une famille autour de la Khua sang, la femme la plus âgée qui dirige les affaires communes et résout les différents au sein du clan. Loin d’être figée, la bâtisse s’agrandit au fur et à mesure qu’une femme se marie, pouvant s’étendre jusqu’à cent mètres. Encore présentes aujourd’hui, ces constructions traditionnelles, dont la charpente en bateau renversé rappellerait l’origine maritime de l’ethnie Edé, tendent à disparaître pour laisser place à l’uniformisation contemporaine.

Outre son aspect ethnologique, ce négatif de Lemire est également intéressant comme illustration des usages faits par le TCF des photographies qu’il recevait, ici la projection et la publication.


Fatima de Castro pour la MAP

Novembre 2020