Marie, veuve de Romain Rolland, sur la terrasse de leur maison à Vezelay

Marie, veuve de Romain Rolland, sur la terrasse de leur maison à Vezelay

Marie, veuve de Romain Rolland, sur la terrasse de leur maison à Vezelay

Origine et date: 
Éliane Janet-Le Caisne à Vézelay en mai 1959 photographie Marie, veuve de Romain Rolland, sur la terrasse de leur maison à Vezelay qui deviendra le musée Zervos en 1965
Artiste(s): 
1906
Oued el Alleug (Algérie)
Paris
2000

Cette photographie d'Éliane Janet-Le Caisne prise en mai 1959, représente Marie, veuve de Romain Rolland (1866-1944), qui caresse son chien sur la terrasse de leur maison, qui deviendra le musée Zervos en 1965.

Or, cette maison a une histoire, qui est contée dans le Journal de Vézelay 1938-1944, publié aux éditions Bartillat. C'est une partie du journal intime que Romain Rolland a tenu à la fin de sa vie. En 1938, il est un auteur mondialement célèbre, à la fois pour son œuvre (prix Nobel de littérature de 1915), et pour ses engagements pacifistes et antifascistes. Installé en Suisse depuis 1922, miné par des problèmes de santé, il décide de revenir dans le Morvan et de s'installer à Vézelay pour finir sa vie en son pays natal, précisément dans cette maison dont nous apercevons la terrasse et la vue.

Le journal intime en question couvre les six dernières années de son existence: celles-ci conduisent d'abord à la seconde guerre mondiale, avec bruits de bottes et accords de Munich ; puis, vient la drôle de guerre et l'exode ; enfin, ce sont les années de l'occupation et du développement de la guerre sur les fronts britanniques et russes. Ce journal nous permet de vivre la succession des événements sur plusieurs plans. Sur un plan politique, l'écrivain procède à une analyse fine des faits, nous faisant partager ses points de vue et convictions. Comme il est toujours une personnalité qui compte dans le monde intellectuel de son temps malgré son isolement relatif, on assiste aux querelles et aux combats, quelquefois douteux, des savants et lettrés de l'époque. Deux de ses amitiés dominent le journal : en premier lieu, sa relation avec Paul Claudel (1868-1955), avec lequel il renoue par l'intermédiaire de son épouse (ici photographiée) après des décennies de fâcherie ; ce dernier essaie avec exaltation de convertir Romain Rolland et sa femme au catholicisme. Est également décrite l'amitié qu'il conservera presque jusqu'à la fin de sa vie pour Alphonse de Châteaubriant (1877-1951), auteur renommé devenu admirateur du Führer, qui collabora éhontément avec le pouvoir nazi à Paris et Berlin.

Le journal narre également les vicissitudes de ces temps sombres, aussi bien sur un plan local que national. Il y évoque les hordes de Parisiens et de notables locaux sur les routes au moment de l'exode et de la défaite, les institutions publiques abandonnées (lieux de pouvoir mais aussi hôpitaux), les affres du rationnement et de la pénurie, tant à Vézelay qu'à Paris, les difficultés pour se déplacer (laissez-passer, rareté du carburant), les réquisitions allemandes de biens et de logement (Vézelay est un lieu de cantonnement pour les troupes allemandes au repos) , les fortunes rapides de certains à Vézelay, les résistances politiques (Maurice Brulfer) puis citoyennes à l'occupation, devenue de plus en plus brutale avec le temps. Enfin, cela reste le journal intime d'un grand écrivain, qui nous permet d'entrer dans son intimité familiale, amicale - il reçoit beaucoup de visites - et intérieure, faite de doutes, de questionnements incessants, de joies et de souffrances.

Emmanuel Marguet, avril 2020