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Les fonds de la MAP

Les fonds de la MAP
Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Galerie de sculpture, Musée provincial, Cadix, 1861-1880
Jean Laurent en Espagne
Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, La Calle Ancha, Cadix, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Vue de la Cathédrale Sainte-Croix, Cadix, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Intérieur de la salle de Justice, Palais de l'Alhambra, Grenade, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Marchande de fleurs, Murcie, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Habitant de la province, Murcie, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Carrières, Tarragone, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne Jean Laurent, Panorama : Façade du palais sur la plaza de Oriente, Madrid, 1861-1880
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Jean Laurent en Espagne

Biographie

Jean Laurent est né le 23 juillet 1816 à Garchizy (Nièvre). Son premier contact avec l’Espagne semble remonter à 1845, année où il remporta une médaille lors de l’exposition industrielle de Madrid, qui récompensa sa production de papier et de carton. En 1848, il est recensé à Madrid et en 1849, il est inscrit sur les registres de l’ambassade de France comme résidant en Espagne. À cette époque, il était toujours fabricant de papier et résidait 5 de la Calle del Olivo. Jean Laurent ne retourna jamais en France, peut-être parce qu’en 1848, il avait refusé d’être enrôlé dans l’armée. Considéré dès lors comme déserteur, il se serait réfugié en Espagne, pays avec lequel la France n’avait pas d’accord d’extradition1. Laurent, qui a conservé la nationalité française, poursuivit sa carrière en Espagne jusqu’à sa mort le 24 novembre 1886. On ignore comment il se forma au métier de photographe, qu’il exerça à partir de 1855, année où il inventa un procédé de coloriage des épreuves photographiques. Fin 1856, il déménagea pour s’installer avec une équipe de plusieurs personnes dans un nouvel atelier situé au 39 de la Carrera de San Geronimo, au centre de Madrid. En 1857, il épousa Amalia Dailleneg, veuve Dosch, dont il adopta la fille, Catherine-Émilie. Il devint membre de la Société française de photographie (SFP) le 15 avril 1859, preuve qu’il n’avait pas coupé les ponts avec son pays natal. Portraitiste, il reçut des commandes de la cour dès 1857 et réalisa les premiers portraits de la reine et du roi d’Espagne en 1860, ainsi que des vues de fêtes officielles. Il publia, en 1861, le Catalogue des portraits vendus par la maison J. Laurent, photographe de S. M. la Reine. L’entreprise de Laurent était prospère, si bien qu’il put embaucher des assistants, tous français. À partir de 1860, il constitua un réseau de représentants à l’étranger, notamment à Londres et à Stuttgart. Un second catalogue, publié en 1863, propose huit cents photographies, parmi lesquelles des vues de villes, de monuments, d’ouvrages industriels, des reproductions d’œuvres d’art et des « types » espagnols. Laurent s’associa avec Martinez Sanchez en 1865 pour publier, en 1866, cinq albums photographiques sur les travaux publics, destinés à l’Exposition universelle de Paris de 1867. Ensemble, ils créèrent un nouveau procédé de tirage, le papier leptographique2, présenté en 1866 à la SFP. Laurent utilisait savamment la publicité et participa à plusieurs expositions qui lui permirent de faire connaître son atelier : exposition de la London Photographic Society en 1858, exposition universelle de Paris en 1867 et de Vienne en 1873. Il eut une adresse à Paris à partir de 1877, d’abord 27 puis 90 rue de Richelieu, et enfin 7 rue Drouot. C’est en 1879 qu’il publia son dernier catalogue. Intitulé Guide du touriste en Espagne et en Portugal ou itinéraire à travers ces pays au point de vue artistique, monumental et pittoresque, il se compose de deux parties : la première est un guide touristique rédigé par Alphonse Roswag, le gendre de Laurent, qui décrit les principaux monuments du pays ; la seconde est un catalogue de cinq mille images qui constitue une sorte de recueil des trésors artistiques espagnols. La première presse de phototypie fut introduite en Espagne en 1880 par la Maison Laurent, friande d’innovations techniques. Elle permit au photographe de diversifier sa production en publiant des cartes postales et des illustrations pour livres imprimés. Depuis 1882, Catherine Émilie détenait la totalité du capital de la société de Laurent, qui, à cette époque, s’était sans doute retiré des affaires. Le dernier reportage qu’il semble avoir réalisé porte sur l’ouverture de la ligne de chemin de fer de Asturias, Galice et León. En 1896, c’est sans doute sa fille qui publia après sa mort le dernier catalogue de l’atelier. L’offre était passée à vingt mille images, qui vont du format carte de visite (6 x 9 cm) au format 27 x 55 cm. Certaines photographies, bien qu’elles ne soient pas réalisées, par Laurent sont intégrées à son fonds.

 

Les photographies de Laurent

Elles s’adressaient à des touristes, des artistes, des historiens de l’art, des collectionneurs et des institutions publiques. Si la maison Laurent réalisa des portraits au format carte de visite, « corps entier, mi-corps ou buste », c’est dans le domaine de la photographie d’architecture qu’elle excella. Les vues de ville sont également nombreuses et spectaculaires. Elles se présentent souvent sous forme de panoramas composés de plusieurs tirages juxtaposés. Certains objets ou éléments de sculpture architecturale sont photographiés avec une règle graduée qui permet d’indiquer leurs dimensions. Ces images s’adressaient probablement à un public très averti d’historiens de l’art. On est frappé de constater que les légendes sont souvent très détaillées. Les dates des expositions dans lesquelles certains tableaux photographiés ont été présentés sont par exemple indiquées. La plupart des vues portent la mention « J. Laurent. Madrid. » ou « J. Laurent y Cia. Madrid. Es propriedad. Déposé ». Les légendes sont en espagnol, sauf pour les photographies reproduisant des œuvres d’art dont les descriptions sont en français, langue de communication et de culture qui permettait une large diffusion de ces images. Les prises de vues de Laurent furent réalisées dans un contexte social et politique troublé absent de ses photographies. La deuxième guerre carliste s’acheva en 1849, peu avant l’arrivée de Laurent. En 1868, la reine Isabel II fut détrônée et remplacée, en 1871, par Amédée de Savoie avant l’instauration de la Première République. En 1872, ce fut le début de la troisième guerre carliste, qui s’acheva par la constitution espagnole de 1876. Si la plupart des photographies de Laurent présentent l’Espagne comme un pays de culture et de tradition, certaines d’entre elles témoignent aussi de l’activité industrielle du pays avec des vues de ponts de chemin de fer, de carrières, de mines et d’entreprises.

 

Le fonds photographique Laurent

Le fonds Laurent estimé à vingt mille plaques de verre, fut vendu en 1899 par la fille de Laurent au photographe Jean Lacoste qui poursuivit les séries de vues d’Espagne. Juana Roig Villalonga, qui lui succéda, développa aussi la collection avant de la céder à Joaquin Ruiz Vernaci père et fils, qui vendirent le fonds à l’État espagnol en 1975. Il est aujourd’hui conservé à l’Instituto del Patrimonio cultural de España à Madrid. La MAP conserve un ensemble très important de tirages photographiques de Jean Laurent qui provient du musée de Sculpture comparé, actuel musée des Monuments français. C’est Adolphe Giraudon, un des principaux diffuseurs des photographies de Laurent en France qui, en 1898, remit au musée vingt-sept albums photographiques portant sur l’Espagne. Ils contiennent 2 383 vues. Un album de quatre-vingt-seize vues prises au Portugal, également acquis auprès de Giraudon, compléta la collection en 1901. Ces vingt-huit albums comportent soixante-dix-sept panoramas dont le plus long, une vue de Séville composée de sept tirages, mesure près de 2,65 m. L’ensemble des tirages conservés dans ces albums a été restauré en 2020-2021 par Lionel Riess. La MAP conserve par ailleurs un important fonds de photographies prises en Espagne au 19e et au début du 20e siècles dont l’inventaire reste à faire. D’autres tirages photographiques de Jean Laurent y sont conservés.

Isabelle Gui pour la MAP 

avril 2021

1 Helena Perez Gallardo, Jean Laurent : a photographer and his firm (1816-1886), p. 299.

2 Méthode d’impression sur une couche sensibilisée mince.

 

 

→ Découvrir le fonds Jean Laurent sur Mémoire

 

Sources

 

Maynés Tolosa, Pau, Jean Laurent et le papier leptographique : traitement d’œuvres des collections de la Société française de photographie et de l’École nationale des Ponts et chaussée, mémoire de diplôme, École nationale du Patrimoine, Institut de formation des restaurateurs d’art, section photographie, session de septembre 2000, 242 p.

Gamiz Gordo, Antonio et  Munoz Rodriguez, Antonio, J. Laurent’s photographs of Vejer (1867 et 1879) : a critical study.

Perez Gallardo, Helena, Jean Laurent : a photographer and his firm (1816-1886).

Le Pelley Fonteny, Monique, Adolphe et Georges Giraudon : une bibliothèque photographique, Paris, Somogy, Archives départementales du Cher, 2005, p. 135-136.

Exposition La España de Laurent (1856-1886) : un paseo fotografico por la historia, Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, Madrid, 20-décembre 2018-3 mars 2019.

Catalogue des négatifs conservés par l’Instituto del Patrimonio Cultural de España