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Les visites virtuelles des fonds voyages et expéditions de la MPP

Découvrez les visites virtuelles des fonds voyages et expéditions, en explorant les photographies de Paul Nadar au Turkestan, Marc Allégret au Congo, Aymard de Banville, Félix Bonfils ou encore Pierre-Marie Dieulefils.

Les objets

visite guidée

Fonds Chine (avant 1914)

Les articles et cartes illustrant cette page de présentation sont extraits de Henri Cordier, Chine, in Grande Géographie Bong illustrée, les pays et les peuples, sous la direction d'Onésime Reclus, Paris, éditions Bong & Cie, 1914, T.III, pp.214 à 280. PE KING La capitale mongole, Ta tou ou Khan bâliq, est construite au Nord et un peu à l'Est de Yen King, la capitale des Kin ; Pe King actuel est construit un peu au Sud de Khan bâliq ; il existe encore des restes du mur mongol au Nord de la ville moderne. Pe King se compose de deux villes principales : la ville tartare ou Neitch'eng (cité intérieure) entourée d'un mur bâti en 1437 et, au Sud, la ville chinoise (Nan tch'eng ou Wei' louo tch'cng) dont le rempart date de 1544. La muraille des deux villes dont l'orientation générale est sensiblement le Nord et le Sud, et l'Est et l'Ouest, est en tout semblable ; la section de la muraille dans la ville tartare a en moyenne 12 mètres de largeur sur 13 mètres de hauteur ; les bastions sont échelonnés environ de 100 mètres en 100 mètres; les uns ont 12 mètres sur 12 mètres, les autres 25 sur 25. La ville tartare à 5 400 mètres de long (Nord-Sud) sur 6 700 mètres de large (Est-Ouest). La ville chinoise a 3 300 mètres de long (N.-S. sur 8 000 mètres de large (E.-O.). Les murailles sont percées de neuf portes monumentales, deux au Nord (Ngan ting men et Te cheng men) ; deux à l'Est (Toung tche men et Ts'i houa men) ; deux à l'Ouest (Si tche men et P'ing tse men) ; trois au Sud (Choun tche men, Ts'ien men au centre, Ha-ta-men). Dans l'intérieur de la ville tartare se trouve la cité impériale (Houang tch'eng) dans laquelle est enclavée la cité rouge interdite (Tse kiu tch'eng) ; c'est dans cette dernière ville que se trouvent les palais de l'empereur et des impératrices ; dans la ville impériale s'élève le Pe-t'ang, église du Nord, la cathédrale catholique ; au Nord de la ville interdite s'élève la colline, actificielle King chan, populairement désignée comme le Mei chan (colline du charbon). Les légations sont construites dans la partie Sud de la ville tartare contre la muraille, entre les portes Ha-ta men et Ts'ien men ; depuis 1900, elles forment un quartier séparé dont la rue principale, rue des Légations, court de l'Est à l'Ouest ; il est traversé du Sud au Nord par le Canal Impérial. La ville chinoise est coupée du Nord au Sud par une voie qui part de Ts'ien men à Young ting men, nommée Ts'ien men Wai Ta kié, à l'extrémité de laquelle sont bâtis les temples du Ciel (T'ien T'an), et de l'Agriculture (Sien Noung T'an) construits sous les Ming et réparés par K'ieh loung ; près de Ts'ien Men aboutissent les lignes de chemins de fer ; la ville chinoise est la partie commerçante de la capitale. Au Nord-Ouest de la ville tartare se trouve le Youen Ming youen, palais d'été de l'empereur, et au Sud la chasse réservée, Nan youen ou Nan Hai tseu. Le chiffre de la population n'est pas en rapport avec la vaste surface occupée par la capitale de l'empire ; on l'estime au maximum à 800 000 habitants. Nous ne reviendrons pas sur les événements dont Pe King a été le théâtre en 1900, les ayant racontés ailleurs. La ville murée de T'oung tcheou sur le Pei ho, limite de la navigation de ce fleuve, sert de port à Pe King ; c'est près de cette ville qu'eut lieu lors de l'expédition franco-anglaise de 1860, le guet-apens du 18 septembre qui est suivi de la bataille livrée le 21 septembre à Pa-li kiao (Pont à huit lis de T'oung tcheou), dans laquelle la cavalerie tartare de Seng-ko-lin-tsin est mise en déroute, laissant libre la route de Pe King aux troupes alliées. (p.254) L'IMPÉRATRICE TS'HEU HI, LES BOXERS. NOUVELLE INTERVENTION EUROPÉENNE. Cependant l'empereur fait en juin 1898, une tentative de réforme qui le 20 septembre suivant est contrecarrée par un coup d'état de l'impératrice Ts'eu hi qui reprend le pouvoir dont elle déposséde le malheureux Kouang Siu, souverain de nom seulement. Cette réaction est suivie du soulèvement d'adversaires des étrangers désignés sous le terme de « boxeurs ». Avec la complicité de la cour, le mouvement gagne Pe King, le ministre d'Allemagne, le baron von Ketteler, est assassiné le 20 juin 1900 et les légations sont assiégées jusqu'au 14 août, époque à laquelle elles sont délivrées par les troupes internationales envoyées à leur secours ; la cour, comme en 1860, s'est enfuie, un grand nombre de victimes ont été faites parmi les étrangers. Après de longues négociations, un protocole est signé à Pe King le 7 septembre 1901 par les plénipotentiaires étrangers, le prince K'ing, etc. Les principaux coupables sont châtiés, une indemnité de 450 000 000 de haikouan taëls doit être payée, un quartier spécial doit être réservé aux étrangers dans la capitale, des missions d'excuses doivent être envoyées en Allemagne et au Japon, un ministère des affaires étrangères, Wai wou pou, doit remplacer l'insuffisant Tsoung-li Yamen. Li Houng-tchang, l'un des signataires du protocole, meurt peu après le 7 novembre 1901. La cour réfugiée à Si ngan fou rentre à Pe King et Ts'eu Hi ne tarde pas à redevenir plus puissante que jamais, mais elle meurt en novembre 1908 ; l'empereur l'a précédée de peu de jours dans la tombe. Le malheureux Kouang Siu est remplacé (14 novembre 1908) par son neveu P'ou Yi, fils de Tsai Foung (prince Tch'oun), né le 11 février 1906 ; on lui donne le nom de règne de Siouen t'oung ; le prince Tch'oun est désigné comme régent. (p.232) LA NATTE ET LA DÉFORMATION DES PIEDS Deux des traits caractéristiques des Chinois tendent à disparaître : la natte qui part de l'occiput et descend librement le long du dos ; quand elle n'est pas assez longue, on la complète avec de la soie noire en temps ordinaire, avec de la soie blanche pour les deuils de famille, ou bleue pour le deuil impérial. Cette natte devenue si caractéristique des Chinois leur a été imposée au XVIIe siècle par les conquérants mandchous qui les obligèrent à se raser le sommet de la tête ; lors de la mort de l'empereur on laisse pousser les cheveux. Les rebelles à la dynastie coupent leurs nattes et laissent croître leurs cheveux, d'où le nom de tckang mao donné aux T'aï P'ing. Un grand nombre de femmes ont l'usage, purement chinois, de déformer leurs pieds ; cette coutume, ancienne, remonte dit-on à la dynastie Tch'en, au 6e siècle de notre ère. À cette époque l'empereur Heou Tchou ordonne à l'impératrice Yao, sa femme, de lier ses pieds de façon à leur donner l'apparence d'une nouvelle lune, quelle que soit l'origine de cette mode, de très bonne heure les doigts sont ramenés sous la plante du pied et le gros orteil qui les surmonte sert en quelque sorte de point d'attache ; il en résulte un développement considérable du calcaneum qui supporte entièrement les os du tarse et du métatarse ; cette coutume n'est pas spéciale à une classe ; elle est suivie par les pauvres aussi bien que par les riches dans le centre et dans le Nord, sauf par les femmes mandchoues (les impératrices n'ont pas les pieds déformés) ; dans le Sud, à Canton par exemple, les femmes laissent leurs pieds dans l'état naturel. Dans les dernières années, sous le nom de Tien Tsou Houei une ligue a été fondée par une Anglaise pour combattre ce bizarre et cruel usage. (p. 229-230) Le fonds Chine conservé au département de la photographie représente un ensemble de 119 plaques de projection noir et blanc sur support verre, dont certaines sont issues de plaques stéréoscopiques ; l'auteur est inconnu.

Vue d'ensemble, cité impériale, Chine ; Municipalité autonome de Pékin ; Pékin, vers 1905
Vue d'ensemble, cité impériale, Chine ; Municipalité autonome de Pékin ; Pékin, vers 1905 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos
Fonds Chine (avant 1914)

visite guidée

PAUL NADAR AU TURKESTAN (1890)

  BIOGRAPHIE Jusque-là, Paul Nadar (1856-1939), fils et héritier du célèbre photographe Félix Nadar, exerce son art dans le domaine du portrait. Toutes les personnalités de la seconde moitié du 19e siècle défilent dans son atelier, suivies de la bourgeoisie parisienne. Loin du confort de son atelier, il saisit avec bonheur la foule vivante et colorée des bazars et des marchés de Samarcande, Tilfis, Tachkent ou Boukhara, les chasses au faucon et à l'aigle, les grands espaces sablonneux du désert de Kara-Koum, le dépouillement des vestiges majestueux aux formes brisées habités par le silence. Ce reportage - riche d'un millier de clichés - témoigne de l'acuité de son regard et de la parfaite connaissance de son art. L'angle de prise de vue est judicieusement choisi, le contre-jour adroitement utilisé, les pleins et les vides harmonieusement mis en scène ; les ombres et les lumières jouent un jeu subtil avec les volumes. Paul Nadar n'est ni un explorateur, ni un aventurier, mais simplement un photographe parisien en quête de paysages insolites et dont la curiosité est comblée, comme l'atteste la correspondance adressée à sa mère : «Ta chère pensée ne me quitte pas, petite mère, et j'ai le regret infini que ni toi ni papa ne connaissiez tout ce que je vois d'extraordinaire. J'en suis étourdi et il me semble que je suis transporté dans un pays de féeries où tout est imaginaire tellement ce qui s'est déroulé devant notre train et ce que j'ai vu depuis mon arrivée est tellement différent et en dehors de tout ce que l'on peut supposer». Son voyage suit les rares voies de communications alors en service entre l'Europe et l'Asie. Parti de Paris par l'Orient-Express, il arrive à Constantinople le 18 août 1890. Du port de Batoum sur la mer Noire, il rejoint Bakou en faisant étape à Tiflis. Enfin, la traversée de la mer Caspienne le mène au tout récent port russe d'Ouzoun-Ada, tête de ligne du Transcaspien. D'Ouzoun-Ada à Samarcande, il visite ce pays de déserts en utilisant cette unique voie de chemin de fer, puis en voiture à cheval, il poursuit son voyage jusqu'à Tachkent où il participe par une présentation de photographies à une exposition universelle. Dans ces étendues désertiques où seules quelques oasis ont permis depuis la plus haute antiquité l'implantation de villes comme Merv, Boukhara, ou Samarcande, le chemin de fer, seule voie de communication, suit les anciennes étapes de la route de la soie. En 1890, le Transcaspien est encore en voie militaire, construite et administrée par les soldats russes. Français, photographe de renom, Paul Nadar obtient aisément un laissez-passer pour visiter cette province contrôlée militairement par l'armée tsariste. Recommandé par le général Komarov, gouverneur du Turkestan russe et le général Annenkov, ingénieur chargé de la construction du Transcaspien, il est reçu et même fêté à chaque étape par les officiers, les émirs, les beys. Outre le classique matériel permettant d'effectuer des photographies sur plaques de verre 30x40 cm, difficiles à transporter sans dommage dans ce genre de reportage, il utilise de tous nouveaux appareils, mis au point par Eastman. Ces Kodak fonctionnent avec des pellicules souples, d'un transport et d'une utilisation beaucoup plus simples. Ils lui permettent de ramener des centaines de clichés qui représentent aujourd'hui un témoignage précieux sur un pays qui, en un siècle, a complètement changé d'aspect. Désertique en 1890, le Turkestan devient une importante région agricole. Les architectures islamiques, en particulier les mosquées de Samarcande, sont restaurées. Ces photographies nous invitent aujourd'hui à un double voyage : voyage en Asie centrale où les seuls noms d'Amou-Daria, Boukhara, Samarcande nous invitent aux rêves orientalistes, mais aussi voyage dans le temps quand les Turkmènes des steppes rencontrent l'Occident. → Toutes les photographies de Paul Nadar au Turkestan sur la Plateforme Ouverte du patrimoine (POP) Source : Mathilde Falguière, Michel Poivert, Dialogue, Photographie sur la route de la soie, le bec en l'air, 2021

Paul Nadar, Place du Registan, medersa Chir-Dor,  Ouzbékistan ; Province de Samarcande ; Samarcande, 1890
Paul Nadar, Place du Registan, medersa Chir-Dor, Ouzbékistan ; Province de Samarcande ; Samarcande, 1890 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos
PAUL NADAR AU TURKESTAN (1890)

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MARC ALLÉGRET AU CONGO (1925-1926)

 Toutes les photos de Marc Allégret au Congo sur la Plateforme Ouverte du patrimoine (POP) Marc Allégret (1900-1973) Réalisateur, Marc Allégret, tout comme son frère Yves Allégret, appartient à l'histoire du cinéma français. Photographe le temps d'un voyage en Afrique avec André Gide (1925-1926), il réalise à cette occasion quelque 2000 négatifs acquis par l'État, en 1989 puis en 2007. Élie Allégret, qui fut le précepteur d'André Gide, demanda à ce dernier de prendre son fils Marc comme élève. Une relation complexe s'établit alors entre le jeune homme et son professeur. À la fois père spirituel, ami et amant, André Gide décide de l'emmener comme secrétaire lors de son voyage en Afrique. À cette occasion, Marc Allégret tourne son premier film, un documentaire de 90 minutes, Voyage au Congo (1927). À son retour, il se lance alors dans une carrière de cinéaste et donne une première chance à Simone Simon, Jean-Pierre Aumont, Michèle Morgan ou Gérard Philipe. Ses plus grands succès décrivent une époque encore insouciante, marquée par une certaine joie de vivre : Lac aux Dames (1934), Gribouille (1937), Entrée des artistes (1938), Julietta (1953), Futures vedettes (1955), En effeuillant la marguerite (1956).   Le voyage Parti le 18 juillet 1925 de Bordeaux, Marc Allégret accompagne André Gide dans un long voyage de plus de dix mois à travers l'Afrique équatoriale française et le Congo belge. Leur itinéraire les conduit du Cameroun (actuelle République démocratique du Congo) au Tchad en République centrafricaine (ancien Oubangui-Chari). Ils rencontrent les officiels coloniaux mais aussi les populations locales. Et si André Gide, dans son Voyage au Congo – Retour du Tchad s'attache à la description de la faune et de la flore exotiques, Marc Allégret s'intéresse particulièrement aux hommes et aux femmes qu'il rencontre, les photographie et les filme dans leur vie quotidienne, leur habitat et certaines de leurs coutumes qui ne manquent pas de le fasciner, notamment les danses. Le fonds présenté ici est constitué des négatifs réalisés lors de son voyage. Les deux hommes ne sont pas ethnologues et posent sur leurs contemporains un regard oscillant entre préjugés inhérents à leur époque et approche humaniste. Ainsi, l'ouvrage de Gide est considéré comme l'un des premiers à critiquer le régime colonial. Avec Voyage au Congo, les différents médias sont ainsi intimement liés. Les photographies ne sont pas à voir comme de simples illustrations d'un récit écrit ou un double des images animées. Elles sont à la fois indépendantes et complémentaires du film et des Carnets de route. Saisissant les coiffures des femmes, les scarifications et leur mode d'habillement mais aussi l'architecture des cases, qui diffèrent selon les régions visitées, les images de Marc Allégret n'ont néanmoins aucune visée anthropométrique, se distinguant des premières photographies de voyage du milieu du 19e et du début du 20e siècle. Il ne s'agit pas de créer des typologies concernant les populations, mais bien de montrer et faire connaître leur mode de vie ; cette entreprise peut parfois s'avérer un véritable plaidoyer contre le travail forcé, contre la pauvreté des populations locales. Photographier pour faire connaître un ailleurs, telle est la démarche des deux hommes.Marc Allégret, Voyage au Congo, documentaire, noir et blanc, 101 minutes, production Société du Cinéma du Panthéon / Pierre Braunberger, diffusion Les Films du Jeudi, 1927. Bibliographie André Gide, Voyage au Congo suivi du Retour du Tchad et illustré de soixante-quatre photographies inédites de Marc Allégret, Paris, Librairie Gallimard, NRF, 1929. Marc Allégret, Carnets du Congo, Voyage avec Gide, Paris, Presse du CNRS, 1993. Filmographie Marc Allégret, Voyage au Congo, documentaire, noir et blanc, 101 minutes, production Société du Cinéma du Panthéon / Pierre Braunberger, diffusion Les Films du Jeudi, 1927.  

André Gide et Marc Allégret devant un gîte d'étape ; sur le dos du pliant, Dindiki encore attaché
André Gide et Marc Allégret devant un gîte d'étape ; sur le dos du pliant, Dindiki encore attaché © Marc Allégret André Gide et Marc Allégret devant un gîte d'étape ; sur le dos du pliant, Dindiki encore attaché Ministère de la Culture (France), MPP, diff. RMN-GP
MARC ALLÉGRET AU CONGO (1925-1926)

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AYMARD DE BANVILLE (1837-1917)

→ Toutes les photos d'Aymard de Banville sur la Plateforme Ouverte du patrimoine (POP) BIOGRAPHIE D'une famille de hobereaux normands, Aymard de Banville se lie d'amitié au collège avec Jacques de Rougé, fils de l'éminent égyptologue Emmanuel de Rougé. Quand celui-ci organise une mission scientifique en Égypte en 1863, il fait appel à Aymard de Banville, qui, s'étant intéressé à la photographie à partir de 1860, maîtrise parfaitement la technique du collodion. Emmanuel de Rougé s'est tout jeune pénétré de l'héritage considérable laissé par Champollion et s'est affirmé comme le plus apte en Europe au déchiffrement des textes hiéroglyphiques. Dès l'apparition de la photographie, il comprend le parti que l'archéologue peut en tirer, suivant en cela les déclarations prémonitoires d'Arago en 1839. Aussi donne-t-il à la photographie une place encore rarement occupée à l'époque dans l'archéologie. Pendant cinq mois (novembre 1863 - mars 1864), Aymard de Banville réalise en Égypte 220 négatifs au collodion humide, procédé délibérément choisi malgré la forte chaleur et les vents de poussières. Sur ce nombre, 160 photos font l'objet d'un album édité en 1865 où une large place est faite à l'épigraphie, étude des inscriptions hiéroglyphiques, un des objets essentiels de la mission d'Emmanuel de Rougé. La même année, la septième exposition de la Société française de photographie présente 27 tirages environ. Certains critiques dithyrambiques saluent toute la collection « d'une rare perfection » et remarquent les agrandissements qu'a réalisé Aymard de Banville, fait assez rare à l'époque. L'orient et surtout l'Égypte fascinent les premiers photographes qui en rapportent de nombreuses épreuves. Mais les 90 plaques de verre d'Aymard de Banville acquises en 1977 par les Archives photographiques, constituent le plus vaste ensemble au collodion sur l'Égypte. À son retour, Aymard de Banville est décoré de la Légion d'Honneur sur demande d'Emmanuel de Rougé. Se retirant dans son château du Rosel (Orne), il se marie et a cinq enfants. Un temps maire de Frênes, il est conseiller général de l'Orne de 1870 jusqu'à sa mort. L'ÉGYPTE    

Aymard de Banville, Vue d'Ensemble, Temple d'Isis, 1863 - 1864
Aymard de Banville, Vue d'Ensemble, Temple d'Isis, 1863 - 1864 © Aymard de Banville, Vue d'Ensemble, Temple d'Isis, 1863 - 1864
AYMARD DE BANVILLE (1837-1917)

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FÉLIX BONFILS (1831-1885)

Félix Bonfils est né en 1831, à Saint-Hippolyte-du-Gard. Il est tout d'abord relieur et imprimeur puis apprend la photographie et l'héliogravure auprès de Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicéphore Niepce. Il ouvre alors à Alès un atelier de portrait et de photographie d'architecture. En 1864, il publie un album photographique sur l'église Notre-Dame-des-Mineurs à La Grand-Combe (Gard) commandé par l'architecte Pierre Chabrol (1812-1875). Cependant, le Liban découvert au cours de plusieurs voyages effectués entre 1861 et 1864 ne cesse de l'attirer, et en 1867, il décide de s'y installer définitivement avec Lydie (1837-1918), sa femme, et leurs deux enfants, Adrien (1861-1929) et Félicie. La production de l'atelier L'atelier réalise des portraits, des scènes de genre, des photographies de paysages et de monuments prises en Égypte, Syrie, Palestine, Grèce pour l'essentiel. Ces images sont vendues à des touristes qui ne disposent pas encore de cartes postales, lesquelles ne viennent concurrencer la photographie qu'à partir de 1880. Pour constituer son catalogue, Félix Bonfils reçoit l'aide de photographes locaux, également originaires du Gard : Tancrède Dumas (1830-1905) et Jean-Baptiste Charlier (1822-1907). Il voyage dans tout le Proche-Orient pour rapporter des clichés, tandis que sa femme reste à Beyrouth et se spécialise dans le portrait. Parmi les auteurs qui travaillent pour l'atelier figurent également son fils Adrien et des photographes anonymes. La photographie en Orient connaît alors son âge d'or. Nombreux sont les studios qui se créent pour répondre à la demande toujours forte des voyageurs occidentaux aisés. Cependant, l'atelier Bonfils fait partie de ceux qui allient les impératifs commerciaux à une production intense remarquée pour sa qualité et sa diversité. Ses photographies d'architecture retiennent l'attention par leur composition étudiée, la recherche de contrastes, de profondeur, de lignes de fuite, de perspectives insolites, mais aussi par la présence discrète de personnages qui invitent encore à un autre voyage. En 1871, Félix Bonfils est à Paris pour recevoir de la Société française de photographie une médaille récompensant ses épreuves sur l'Égypte, la Palestine et la Syrie. Il fait état à cette occasion d'un catalogue de 15 000 tirages, 591 négatifs et 9 000 vues stéréoscopiques. Alès et Beyrouth La notoriété de l'atelier doit également beaucoup au dynamisme commercial de Bonfils. Soucieux d'élargir la diffusion, il utilise les services d'agents qui commercialisent sa production à l'étranger, notamment en France et dans les pays anglophones, comme en témoignent les légendes bilingues imprimées sur de nombreux tirages. Il enrichit l'offre de vues vendues à l'unité par l'édition d'albums. En 1872, il publie notamment « Architecture antique » chez Ducher à Paris. En 1875, Félix Bonfils regagne la France pour assurer la diffusion sur une plus grande échelle. Il ouvre une succursale à Alès, où il organise la vente par correspondance de ses photographies, détaillées dans un catalogue publié en 1876. En 1877, il publie 5 volumes comportant chacun une quarantaine de photographies soigneusement décrites : « Souvenirs d'Orient : album pittoresque des sites, villes et ruines les plus remarquables... » . Pour cette série, il obtient une médaille à l'exposition universelle de Paris en 1878 et une autre à Bruxelles en 1883. Lydie et Adrien sont restés à Beyrouth où ils s'occupent du studio. Celui-ci reste ouvert même après la mort de Félix en 1885. Adrien enrichit le catalogue grâce à une équipe de photographes parmi lesquels on peut citer Rombau, Saboungi et Hakim. Il abandonne la photographie en 1895, mais Lydie, première femme photographe du Proche-Orient, continue à développer l'affaire en ouvrant des agences à Jérusalem et Baalbek. En 1909, elle s'associe à Abraham Guiragossian qui reprend l'atelier à sa mort, en 1918. La fermeture définitive n'intervient qu'en 1938. La maison Bonfils reste sans conteste une des plus importantes et des plus actives du Proche-Orient durant soixante-dix ans. Bonfils à la MPP Les tirages commercialisés par Bonfils sont des épreuves sur papier albuminé obtenues à partir de négatifs au collodion humide. L'ensemble de près de 500 tirages conservé à la MPP a été acheté en 1895 à l'éditeur d'art Roux. Les sources sur Félix Bonfils Laure Boyer, « BONFILS FÉLIX - (1831-1885) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 6 janvier 2023 Sylvie Aubenas, Félix Bonfils (1831-1885), exposition BnF [e, ligne], consulté le 6 janvier 2023 François Pouillon (dir.), Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, Karthala, 2008 Les sources de Félix Bonfils Félix Bonfils, Receuil. vues de Grèce, d'Egypte, de Palestine et de Syrie, Beyrouth, 1870 Félix Bonfils, Architecture antique : Egypte, grèce, Asie Mineure, 1872 Félix Bonfils, Catalogue de vues photographiques de l'Orient, 1876 Félix, Adrien et Lydie Bonfils, Photographs of the Middle East, circa 1860-1900 → Les photographies de Félix Bonfils sur POP

Félix Bonfils, Ensemble Nord-Est, Eglise Sainte-Anne, Israël ; District de Jérusalem ; Jérusalem
Félix Bonfils, Ensemble Nord-Est, Eglise Sainte-Anne, Israël ; District de Jérusalem ; Jérusalem © Félix Bonfils, Ensemble Nord-Est, Eglise Sainte-Anne, Israël ; District de Jérusalem ; Jérusalem
FÉLIX BONFILS (1831-1885)

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PIERRE-MARIE DIEULEFILS (1862-1937)

Découvrez les photos de Pierre-Marie Dieulefils sur POP   BIOGRAPHIE Originaire de Malestroit (Morbihan), sous-officier au sein du 24e régiment d'artillerie de Vannes, il est envoyé au Tonkin en 1885. C'est en 1888 que ce futur éditeur de cartes postales s'établit avec sa femme au Tonkin. Ses photographies coloniales sont présentées pour la première fois à l'exposition universelle de Paris en 1889. Il est de retour en France à Josselin puis Malestroit en 1898-1899. On le retrouve installé en région parisienne (Paris et Fontenay-aux-Roses) vers 1913. Il publie des reproductions photographiques de points de vue, de portraits et de monuments des anciennes colonies françaises d'Extrême-Orient et du Maroc occidental. Son activité et la diffusion de ses oeuvres cessent dans les années 1920. Il meurt en 1937.     SES PUBLICATIONS Indo-Chine pittoresque et monumentale : Cambodge et ruines d'Angkor, album, Hanoï, par P. Dieulefils photo-éditeur et Paul Vivien président du syndicat de la presse coloniale, membre du Conseil supérieur des Colonies, préface d'Étienne Aymonier, ancien directeur de l'École coloniale, 1909. Indo-Chine pittoresque et monumentale : Annam - Tonkin, album, Hanoï, P. Dieulefils photo-éditeur (44, rue Paul Bert, Hanoï, Tonkin), 1909. Album de Cochinchine, 54 sujets 13x18, Hanoï, Dieulefils, 1909. Catalogue, Colonies françaises d'Extrême-Orient, éditions de cartes-postales de l'Indochine française, P. Dieulefils photo-éditeur (53, rue Jules Ferry, Hanoï, Tonkin). Mention : « Toutes nos collections portent comme marque distinctive, un brûle-parfum dans l'angle de chaque carte. Marque AU BRÛLE-PARFUM. » Maroc occidental, Fès - Meknès d'après les documents historiques, ethnographiques et architecturaux, Paris, P. Dieulefils éditeur (30, rue Le Brun, Paris), notice sur Fèz par Alfred Bel, lauréat de l'Institut de France en mission à Fèz, dessins et gravures de Gustave Boussenot. SES PARTICIPATIONS Exposition universelle de Paris, 1889. Exposition universelle de Paris, 1900. Exposition internationale de Hanoï, 1902. Exposition coloniale de Marseille, 1906. Exposition internationale de Londres, 1908. Exposition internationale de Bruxelles, 1910.   ÉCRITS LE CONCERNANT   Thierry Vincent, Pierre Dieulefils, in Ultramarines, n°10, décembre 1994. Thierry Vincent, Pierre Dieulefils, photographe-éditeur de cartes postales d'Indochine, 256 pages, 1997.     Le fonds Dieulefils conservé à la MPP représente un ensemble de 265 plaques de verre.

Pierre-marie Dieulefils, Quai des marchandises : vue prise vers la ville, Casablanca (Maroc), 1915
Pierre-marie Dieulefils, Quai des marchandises : vue prise vers la ville, Casablanca (Maroc), 1915 © Ministère de la Culture (France), MPP, diff RMN-GP
PIERRE-MARIE DIEULEFILS (1862-1937)

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Eliane Janet-le-Caisne et les fouilles archéologiques du Site de Suse (Hiver 1969-1970)

  Fin 1969, Eliane Janet-Le-Caisne est engagée par la Délégation archéologique française en Iran pour couvrir les fouilles archéologiques du site de Suse dirigées par Jean Perrot. C’est alors la seconde campagne de fouilles du site. La première bénéficia de la couverture photographique de Mlle M. Mignon. Notre photographe est à ce moment-là en fin de carrière, et cette mission est peut-être pour elle la première occasion de prendre l’avion. En vol, elle fait une série de dix-sept clichés au travers du hublot de l’appareil pendant son voyage.     Les recherches archéologiques en question se déroulèrent du 15 décembre 1969 au 24 avril 1970. Leur programme prévoyait des fouilles sur cinq sites différents de l’ancienne ville de Suse : le Djaffarabad situé au nord du site lui-même, l’Acropole, le tépé de la Ville Royale, le palais du Chaour et l’Apadana. Le premier de ces sites, le tépé Djaffarabad, fut fouillé par Mlle Geneviève Dolfus. Il était question d’y mener des recherches stratigraphiques qui identifièrent deux périodes d’occupation du site dont l’une antérieure à la fondation de Suse et l’autre contemporaine de la première occupation de Suse. Les recherches menées sur ce site et le matériel que l’on y a trouvé permirent de mieux cerner la structure socio-culturelle de la Susiane et les conditions de son essor. Cette même fouille étudia également les niveaux islamiques dont la photographie d’une pierre tombale illustre les résultats.     Le second site à bénéficier de recherches stratigraphiques fut, au cours de ces fouilles, l’acropole de Suse. Celles-ci furent dirigées par Alain Le Brun. En 1970, ces recherches se concentrèrent sur les niveaux inférieurs - les plus anciens - et moyens - eux d’essence pro-élamites. Le matériel dégagé fut tout aussi riche et varié que sur le site précédent. Les deux photographies ci-contre illustrent cette recherche. La première nous offre une vue des fondations de l’Acropole une fois dégagées. La seconde illustre le travail de recherche stratigraphiques dans son acception la plus authentique ; on y voit ouvriers et archéologues y travailler à l’aide de wagonnets.     Si les fouilles archéologiques du tépé de la ville royale de Suse ne semblent pas avoir été saisies par Éliane Janet-Le Caisne, les travaux de dégagement du palais achéménide sous la direction de l’archéologue Audran Labrousse (architecte) sont eux plus richement documentés. Durant ces travaux fut partiellement mis à jour un nouveau palais comportant une salle hypostyle. Ce nouveau palais fut baptisé Palais du Chaour, nom de la rivière avoisinante. On peut admirer ci-à gauche la découverte avec, en arrière-plan, le château de Chouch. Au même endroit, les fouilles révélèrent un édifice parthe et un site funéraire de la même civilisation dont on voit ci-à droite les restes d’une tombe.     Enfin, la mission archéologique de Jean Perrot mena des travaux sur la colline de l’Apadana où fut effectuée une restitution partielle du grand palais Achéménide durant laquelle on rechercha les fondations des murs. Durant ces fouilles, furent découvertes deux tables de fondations du palais de Darius Ier. Ce travail et ces découvertes sont ici visibles sur ces deux photographies représentant le personnel à l’ouvrage. La première nous montre un ouvrier iranien en train de s’affairer à fabriquer un sol en briques crues sur la fondation. La seconde nous montre trois archéologues veiller à la confection d’un moulage des précieuses tables de fondations découvertes. Ces photographies corroborent la volonté de Jean Perrot, tout nouveau directeur des fouilles, qui, pour la première fois, associa et forma le personnel iranien. A noter, pour les amateurs d’archéologie orientale : le site Persée offre à la lecture de nombreux articles sur les fouilles ici photographiées et leurs acteurs dont nous avons tirés les éléments scientifiques.     Si la mission première d’Éliane Janet-le-Caisne est d’assurer la couverture photographique des fouilles, elle tire parti de ce séjour pour dresser le portrait des gens qui l’entoure.  Les portraits sont principalement ceux d’archéologues ou d’autres membres des fouilles, cependant son objectif se tend également vers les populations locales, notamment vers la population pastorale nomade du Khuzestan que sont les bergers du mont Zagros. En témoigne le magnifique portrait en buste de cette bergère qui porte un plateau sur la tête.     Au contact de ces pasteurs, Éliane Janet-Le Caisne retrouve son goût pour la photographie animalière qu’elle pratique avec ses propres animaux de compagnie ou dans les zoos de Paris. À Chouch, elle appuie sur le déclic lorsqu’elle aperçoit troupeaux de buffles ou de moutons angora. Son intérêt pour les populations ne se limite pas aux populations nomades et à leurs animaux, car par chance, elle assiste aux festivités du Norouz, le nouvel an persan. À Chouch, cette célébration du renouveau du printemps fêtée autour du 21 mars est l’occasion d’un défilé qu’elle saisit des hauteurs du site archéologique voisin.     Enfin, ce séjour de quelques mois permet à Éliane Janet-Le Caisne de mettre à profit son savoir-faire dans la photographie de monuments ou d’œuvres d’art. Ce savoir-faire, qu’elle utilise professionnellement au profit des musées, des Monuments historiques ou d’historiens d’art, se concrétise dans les clichés qu’elle a pu prendre des merveilles de la Perse. Ainsi, elle promène son objectif dans les sites antiques de Persépolis ou Pasagardes. Cette image de l’Apadana de Persépolis constitue une belle vue d’ensemble du site. Quant aux objets d’arts, elle les fige en visitant le musée national de Suse. Actuellement, la MPP a  mis en ligne 7530 vues du fonds Éliane Janet-Le-Caisne sur la base Mémoire du Ministère de la culture. Parmi celles-ci, on retrouve les 372 photographies iraniennes prises par la photographe durant l’hiver 1969-70.  Les fouilles archéologiques de Suse par Jean Perrot et Alain Le Brun sur Mémoire  Découvrir le fonds Éliane Janet-Le-Caisne sur Mémoire  Les fouilles de Suse et de Susiane 1968-1969, article de Jean Perrot, Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres  Année 1969 

Janet-Le Caisne, Éliane (1906-2000), Par le hublot et au dessus des nuages, 1969-1970
Janet-Le Caisne, Éliane (1906-2000), Par le hublot et au dessus des nuages, 1969-1970 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos
Eliane Janet-le-Caisne et les fouilles archéologiques du Site de Suse (Hiver 1969-1970)