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Colloques

colloque "Gestes, rythmes, mouvements du commun"

Du 18 au 20 octobre 2023
Médiathèque de l'architecture du du patrimoine, site de Charenton
En clôture du colloque, la compagnie Dies irae présentera dans le hall de Charenton, le spectacle intitulé Le Sang des Vivants, Variations communes !

Soulèvements, retournements, insurrections, révolutions, écrasements, bonds en avant, retours en arrière, stagnations sont autant de mouvements —élans et retombées— qui agitent en permanence le « corps social », comme si celui-ci était effectivement composé de muscles et de tendons qui n’ont de cesse de s’activer et de se relâcher, d’entraîner celui-ci dans une direction ou une autre. Or on peut penser qu’il y a bien plus qu’une grossière métaphore vitaliste derrière cette façon de qualifier les groupes et les sociétés dans leur turbulente évolution : il y a la perception claire qu’une réalité physique, bien que subtile, peut seule constituer le support d’un « être-en-commun », voire d’un mouvement commun. 

L’existence et par la suite l’activité d’un groupe social, d’une communauté ou même d’une société doivent ainsi toujours pouvoir se concevoir d’abord dans le sensible. C’est d’ailleurs le sens premier de la notion de « mobilisation », qui signifie mise en mouvement d’un collectif et qui seule, parfois, permet de révéler la con-stitution (« se tenir droit ensemble ») d’un groupe, lequel, pour être ou en tout cas pour apparaître, doit au moins donner l’impression qu’il est prêt à se dresser, voire à se déplacer dans le temps et dans l’espace, à se mettre en marche. Dès lors, qui veut réellement comprendre les dynamiques sociales doit nécessairement se pencher sur la dimension proprement cinétique de celles-ci, s’intéresser à comment se coordonnent et se mettent en mouvement des corps qui, en dernier ressort, les composent. Cela requiert une attention particulière aux impulsions, aux énergies, aux flux qui orientent ces expressions physiques, ainsi qu’à l’espace qui les reçoit et où elles s’impriment, aux images, tracés, circonvolutions qu’elles y dessinent. 

Le sentiment de « communauté » (que Max Weber préférait appeler « communautisation », soulignant ainsi la dimension de processus à l’œuvre) —et dans une moindre mesure de « société »— est de fait toujours un mouvement tout à la fois physique et en partie psychique de réunion, d’accord, d’alignement des consciences et des corps, voire des pas, dans une même direction ou convergeant vers un même centre. Avant même d’être un concept ou une idée, ce qui constitue « le commun » est ainsi un élan, un élancement, une impulsion. De même, « les communs » traduisent une aspiration collective, ou une poussée —autre mouvement, inverse— visant à dépasser la sphère individuelle privée tout en investissant autrement la sphère publique. Sans que nous en prenions bien conscience, toute une chorégraphie dessine ainsi en permanence les trajectoires de nos affections communes. De telle sorte qu’une formulation et une description en termes de gestes, de mouvement et de rythme de l’existence collective s’impose. C’est le sens de la « choréopolitique » esquissée par le chercheur en Performance Studies André Lepecki, laquelle viendrait s’opposer à la captation de ces mêmes capacités de mobilité par les gouvernements et leurs « forces de l’ordre » ou « choréopolice »…

C’est pourquoi, dans la poursuite des réflexions menées dans le cadre de deux précédents colloques internationaux : « Images du commun et de la Communauté » (Paris, 2017), « Communitas, les mots du commun » (Cergy, 2019), nous vous invitons à participer à un troisième volet de ce programme de recherche consacré aux esthétiques de la communauté, consacré cette fois aux « gestes, rythmes et mouvements du commun ». Celui-ci se penchera donc plus spécifiquement sur les dynamiques corporelles, intellectuelles et sensibles des productions de commun(s) et de communauté. Ainsi quels sont les gestes qui créent du commun, les actions qui dynamisent un processus collectif ? Quels tracés dans l’espace, quelles attractions/répulsions, surgissements, déplacements, déploiements ou involutions, accompagnent les moments de communisation ? Plus largement, quels mouvements, mobilités, s’expriment dans les rassemblements, les mobilisations, les mises en communs et toutes les autres expressions d’un collectif ? Et quelles formes apparaissent alors plus spécifiquement dans la sphère publique, dans la sphère privée, sur la scène d’un théâtre, dans la rue ou sur l’arène politique ? Tel sera le cœur de ces rencontres, qui se tiendront du 18 au 20 octobre prochain à Paris

Organisé par le laboratoire Héritage - UMR
En partenariat avec Creative Commune, 
Responsable : Rémi Astruc (CYU)
Contact: astruc.remi@orange.fr

Comité d’organisation : Rémi Astruc, Madeleine Planeix-Crocker, Fanny Tsang

© Jean-Baptiste Bucau
© Jean-Baptiste Bucau

Le Sang des Vivants, Variations communes !

Vendredi 20 de 18h à 19h en clôture du colloque Gestes, rythmes et mouvements du commun, la compagnie Dies irae présentera dans le hall de Charenton, le spectacle intitulé Le Sang des Vivants, Variations communes !

En plagiant Pierre Bourdieu, on pourrait dire que "l'art est [ici] un sport de combat". Aussi, au-delà de toute pensée partisane, à l'heure où d'autres se servent de l'art plus qu'ils ne le servent, l'on ne peut qu'être réjoui par cette création, "ouvroir de libertés potentielles". » Yves Kafka, La Revue du spectacle.

Au départ, il y a une envie tenace, voire une obsession de Matthieu Boisset : parler de la Commune de Paris avec les outils, ou même, dit-il, « les armes » des arts de la scène. Non pour simplement faire un spectacle, mais pour prendre la parole, une parole citoyenne, ailleurs que dans les assemblées déclarées. Pour défendre ici et maintenant le bien commun et fabriquer un acte de rencontre réel, parce que tout ce qui est commun peut être mis en voix et en actes.

Pas moins d’une quinzaine de personnes, artistes pour la plupart, ont été réunies autour d'une consigne : que chacune d’entre elles se saisisse de la question commune, qu’elle choisisse sa partition, parlée ou chantée, d’hier ou d’aujourd’hui, et la dépose au sein du projet.

Il n’y a pas de « mise en scène » à proprement parler : un capharnaüm certes, mais audible, qui s'articule autour d'une partition chorale issue des débats historiques au sein de l’Assemblée de la Commune.

Le Sang des Vivants n'est pas une reconstitution historique, mais une tentative théâtrale, d’évoquer, au travers de prises de paroles mêlées, ce moment resté unique dans la mémoire populaire ; quelques semaines de combat et d’espoir, de joie et de souffrance, un symbole des luttes sociales qui, 150 ans après, trouve des résonances dans notre monde troublé.

C’est donc bien un « spectacle » qui se veut mouvant. Nous parlons dans un espace commun où artistes et publics se mélangent pour abolir la séparation de la scène/la salle. Les protagonistes et les textes peuvent changer d’une représentation à une autre, d’un lieu à un autre : nous jouons le jeu d’une possible transformation permanente,selon les désirs et les rencontres de chacune et chacun. Personne ne sait réellement comment sonneront, sur le plateau, ces variations, qui oscillent aussi entre chaque représentation.. C’est ce qui rend excitante l’aventure.

Et la Parole errante demain est le lieu mythique fondé par Armand Gatti, où La Commune de Peter Watkins fut tourné en 2000. 

L’équipe : Jules Boisset, Matthieu Boisset, Valentin Calonne, Eric Chevance, Léa Cornetti, Benjamin Ducroq, Frédéric Guerbert, Mélanie Henel, Dany Hubert, Isabelle Jelen, Marianne Perdu, Michel Richard, Hervé Rigaud, Daniel Strugeon. Et Matthieu Chevet à la technique.

Plus d'informations : ciediesirae.fr

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