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Georges Estève (1891-1975)

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Georges Estève, Ensemble sud-ouest du Château de la Rochecourbon, Saint-Porchaire ( Charente-Maritime),1933
Georges Estève, Ensemble sud-ouest du Château de la Rochecourbon, Saint-Porchaire ( Charente-Maritime),1933 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Georges Estève, Ensemble ouest de l'église Saint-Vivien, France
Georges Estève, Ensemble ouest de l'église Saint-Vivien, France © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Georges Estève, Façade sur le parc : vue axiale du chateau de Jossigny, Jossigny, (Seine-et-Marne), 1955
Georges Estève, Façade sur le parc : vue axiale du chateau de Jossigny, Jossigny, (Seine-et-Marne), 1955 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Georges Estève, Retable, autel et haut-relief : Le Christ habillé du Château de la Bourgonnière, Bouzillé, (Maine-et-Loire), avant 1932
Georges Estève, Retable, autel et haut-relief : Le Christ habillé du Château de la Bourgonnière, Bouzillé, (Maine-et-Loire), avant 1932 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Portrait en buste de Georges Estève, France
Portrait en buste de Georges Estève, France © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo

Georges-Louis Estève est né le 10 mai 1891, 62 rue Louis-Blanc à Paris (10e arrondissement). Son père, Louis-Paul-Marie, était layetier , et sa mère, Mathilde-Thérèse-Eugénie Leggeretti, sans profession. À l’âge de seize ans, Estève se fit prêter un appareil photographique qui lui permit de réaliser de beaux portraits autochromes de sa famille. Reconnaissant la grande qualité de ses prises de vues, son oncle, le photographe Louis-Antonin Neurdein (1846-1914), lui offrit un appareil . On peut supposer que c’est auprès de cet oncle que le jeune homme se forma. Lors du recrutement militaire – il avait alors vingt ans – le registre matricule indique curieusement qu’il était « photographe électricien » : était-il plus particulièrement chargé des éclairages lors des prises de vues ? Il rappelait lui-même qu’il réalisa ses premières photographies de Monuments historiques en Bourgogne, à l’époque où les Neurdein étaient concessionnaires de la collection photographique des Monuments historiques (1898-1915) . Le registre matricule nous précise qu’Estève ne participa pas au premier conflit mondial, contrairement à la plupart des hommes de sa génération : en 1912, asthmatique, il avait été réformé et le resta pour la même raison en 1914, et aussi en 1917, pour de l’asthme doublé d’une pleurésie. La même source indique que, cette année-là, il résidait à Carcassonne : le sud, peut-être pour recouvrer la santé dans un environnement plus sain qu’à Paris.
C’est à partir de 1921 qu’il travailla régulièrement pour les Monuments historiques comme photographe indépendant : il sollicita une mission qui lui fut accordée, pour des prises de vues en Loire-Atlantique et dans le Morbihan . Contrairement à Médéric Mieusement (1840-1905), Estève n’a jamais obtenu de concession pour l’exploitation de la collection de négatifs des Monuments historiques. Cependant, on remarque des similitudes dans le modus vivendi établi avec l’administration. Le prix fixé pour chaque négatif était précisé lors de la commande, ainsi que les formats attendus : 22 francs pour les 13 x 18 cm et 30 francs pour les 18 x 24 cm. Le format 30 x 40 cm demandé à Mieusement n’était plus en usage dans l’entre-deux-guerres. Comme du temps de son prédécesseur en revanche, chaque négatif devait être livré avec deux tirages. Enfin, Estève se vit remettre un sauf-conduit, document précieux qui lui permettait d’accéder plus facilement aux monuments et aux objets à photographier : « À messieurs les préfets des départements de Loire-Inférieure et du Morbihan, cette lettre vous sera présentée par Monsieur Georges Estève, photographe attaché à la Commission des Monuments historiques, qui est chargé d’une mission ayant pour objet la reproduction photographique des édifices et objets déjà ou non encore classés situés dans les départements de Loire-Inférieure et du Morbihan. Je vous serais obligé de bien vouloir accorder à Monsieur Georges Estève toutes facilités lui permettant de remplir la mission qui lui a été confiée ». Estève s’est déplacé dans la quasi-totalité des régions du territoire national en fonction des commandes de la Commission. Sa mission principale, au long cours, semble avoir été de compléter la collection photographique tout en évitant les doublons. Il s’agissait aussi d’anticiper l’éventuel passage en commission d’objets et de monuments non classés. Cette pratique présentait un double avantage : les membres de la Commission pouvaient se forger une opinion grâce aux photographies, et les Monuments historiques disposaient d’une documentation iconographique en amont du classement effectif. Cependant, les déplacements étaient coûteux et le nombre de prises de vues vendu parfois très faible. Estève, qui devait aussi composer avec les aléas météorologiques, ne pouvait pas toujours honorer ses commandes. C’est pourquoi, le 8 août 1927, il sollicita de Paul Verdier (1885-1966), chef du bureau des Monuments historiques, « deux bons départements », qui devaient lui permettre de travailler en août et septembre et de rentrer dans ses frais .
Comme Mieusement jadis , Estève subit la vindicte de certains de ses confrères, notamment ceux de l’Union nationale des combattants, qui s’offusquèrent, sans le nommer, du renouvellement systématique de ses commandes et de l’absence de mise en concurrence. La réaction de l’administration fut cependant sans ambiguïté : « Pas du tout condamnable (il doit s’agir d’Estève). Demander des précisions à monsieur Jean Goy [le président général de l’Union nationale des combattants]. On ne va tout de même pas mettre en adjudication des travaux photographiques ».

Georges Estève, Façade nord sur cour : Ensemble du Château des Egreteaux dit château d'Usson, Les Egreteaux, (Charente-Maritime), avant 1933
Georges Estève, Façade nord sur cour : Ensemble du Château des Egreteaux dit château d'Usson, Les Egreteaux, (Charente-Maritime), avant 1933 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo

Pour ses tournées, Estève se déplaçait en automobile. Depuis les hôtels dans lesquels il séjournait, il adressait à l’administration des Beaux-arts des courriers soigneusement dactylographiés, qui la tenait informée de l’avancée de sa mission. En retour, les réponses lui étaient adressés en poste restante. Cette vie d’itinérances devait occuper une large partie du temps du photographe, mais il n’est pas certain qu’il n’ait travaillé que pour les Monuments historiques.
Le 10 juillet 1939, Estève envoya un mémoire pour 335 prises de vues réalisées pour un montant de 16 750 francs. Elles portaient essentiellement sur des monuments de l’Aisne. Il est possible qu’en prévision de la guerre qui s’annonçait, les Monuments historiques, riches de l’expérience du précédent conflit, aient voulu s’assurer d’une bonne couverture photographique pour ce département particulièrement exposé. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la situation de Georges Estève fut très difficile . En 1941, Louis Hautecœur eut besoin de ses services pour photographier les dommages causés à certains monuments historiques. Estève n’étant pas fonctionnaire, il lui proposa de le faire bénéficier d’un marché « comme l’an passé ». Il lui adressa donc un ordre de mission et un formulaire à remplir et à lui retourner. Muni de ces documents, Hautecœur aurait pu intervenir auprès des Allemands  pour que le photographe obtienne l’autorisation de regagner la capitale. Estève lui répondit : « Je viens de solliciter de votre particulière bienveillance quelques renseignements concernant le travail que vous voulez bien me confier. La guerre a complètement changé ma situation. Je ne peux plus présentement, comme par le passé, faire des avances pour remplir des missions. Je n’ai plus de voiture, instrument indispensable pour exercer ma profession. Aussi, je vous serais très obligé de bien vouloir me faire établir par les autorités d’occupation un laissez-passer avec facilité de retour à Cordes [Tarn], dans le cas où, malgré tous mes efforts, je ne pourrais pas travailler. Car ici, à Cordes, je peux momentanément vivre ; à Paris, cela me serait impossible. Je travaille depuis trente ans pour le ministère des Beaux-arts, et suis reconnaissant à Messieurs Chabaud et Verdier, d’avoir toujours été très aimables envers moi et su faire l’impossible, pendant les années où les crédits étaient très limités, pour maintenir ma collaboration à la Commission des Monuments historiques. J’étais, ces années dernières, en plein progrès. J’aurais voulu, si les frais n’avaient pas été aussi lourds, établir une magnifique collection, digne du ministère des Beaux-arts. J’ai toujours eu l’amour de mon métier, et aime l’ambiance de la Commission des Monuments historiques, où l’on ne côtoie que des personnalités extrêmement agréables. Aussi, j’ai foi en l’avenir, et suis persuadé que nous pourrons, ces tristes événements passés, faire quelque chose de beau et de bien ». Marius Chabaud (1886-1960) fut sensible à son désarroi  : « En raison des difficultés de toutes sortes résultant de la situation actuelle, j’ai décidé d’abandonner le projet de vous faire rentrer à Paris. Par contre, désirant pour ma part améliorer autant que faire se peut votre situation, je suis intervenu auprès de la direction des Musées nationaux, qui possède à Montauban un important dépôt d’œuvres d’art, pour qu’elle vous emploie éventuellement à des travaux semblables à ceux que vous exécutez pour le compte du service des Monuments historiques. M. Huyghe , conservateur, vous écrira d’ailleurs prochainement à ce sujet ».

Georges Estève, Vue intérieure de la nef vers le choeur de l'Eglise Saint-Aubin de Blaison, Blaison-Gohier, (Maine-et-Loire), avant 1932
Georges Estève, Vue intérieure de la nef vers le choeur de l'Eglise Saint-Aubin de Blaison, Blaison-Gohier, (Maine-et-Loire), avant 1932 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo

Plusieurs de ses adresses ont pu être identifiées. En 1921, Georges Estève habitait 34 rue Lecourbe (15e arrondissement). En 1931  et 1936 , il était à la même adresse, où il vivait avec ses parents et sa sœur Madeleine, de deux ans son aînée. On l’y retrouve encore en 1975, au moment de son décès. Il résida aussi à Frépillon, dans le Val-d’Oise actuel, au moins en 1924, 1925 et 1939.
Toutes les prises de vues effectuées par Estève ne sont pas datées, mais les plus récentes sont de 1963 (Estève avait 72 ans). Ce sont au total près de 16 000 négatifs, réalisés durant les quarante-deux ans que dura la collaboration d’Estève avec les Monuments historiques, qui sont conservés dans les collections de la MPP. Cette importante production, en quantité et en qualité, range Georges Estève parmi les plus importants contributeurs de la collection des Monuments historiques. Ses prises de vues, en ligne sur la base Mémoire, couvrent la plupart des départements français. Il s’agit de vues de monuments, mais aussi de nombreuses photographies de vitraux, réalisées dans le cadre de campagnes initiées dès les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale.
Georges Estève est décédé le 12 août 1975, à l’hôpital Laënnec (Paris, 7e arrondissement). De toute sa longue carrière, il résulte que les Monuments historiques ont su apprécier son professionnalisme et sa disponibilité. Un portrait, qui le présente déjà âgé, est conservé dans les collections de la MPP . À sa mort, sa sœur Madeleine (1889-1981) remit aux Monuments historiques quelques portraits de famille dont il était l’auteur, dans l’espoir qu’ils contribueraient à conserver sa mémoire .

Sources

Archives de Paris
V4E6329, registre des naissances, 10e arrondissement, 1891.
7D283, registre des décès, 15e arrondissement, 1975.
D4R1/1618, registre matricule, département de la Seine, 2e bureau, n° matricule : 1879.
D2M8424, recensement de population, 15e arrondissement, rue Lecourbe, 1931.
D2M8 635, recensements de population, 15e arrondissement, rue Lecourbe, 1936.
15D566, registre des décès, 15e arrondissement, 1981 (acte 1771) : décès de Madeleine, Mathilde Estève, décédée à Beauvais (Oise). Report de son décès sur le registre de Paris 15e (avec une erreur sur la date de naissance : 1889 et non 1899).

MPP
Z/80/74/57, dossier Estève.
B/80/1/5, administration des Beaux-arts : correspondance, notes, rapports (1939-1942).
J/2003/15/12 à 23 : fonds Nodet. La plupart des tirages de ces cartons sont réalisés d’après des prises de vues de Georges Estève.
Base Mémoire :
https://pop.culture.gouv.fr/lien-partage/69aed75ca5cb2957c9123d04?type=…

Isabelle Gui
10 mars 2026