Henri Olivier (1856-1934)
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Industriel en rubans à Paris, Henri Olivier (1856-1934) n’a eu de cesse de voyager et de présenter ses expéditions à travers des conférences-projections illustrées par ses prises de vue. Passionné de photographie et d’archéologie, cet amateur éclairé sut allier ses deux centres d’intérêt à travers un investissement personnel et familial, entraînant à sa suite son beau-frère, Edmond Hinque, certainement auteur de prises de vue attribuées à Olivier. Non content de prendre des clichés, Henri Olivier collectionna également ceux de connaissances pour compléter son fonds, qui conserve aujourd’hui les noms du sergent Chadourgnac, gendre du photographe, d’un certain monsieur Hinque, ami, et d’Edmond Libert, sans doute l’auteur des prises de vue pour de nombreuses croisières, dont celle au Spitzberg de 1932. Cette accumulation de différentes strates d’auteurs rassemblés par Olivier et sa famille, rend parfois difficile la paternité d’un cliché non daté.
Que les prises de vue aient été réalisées par Henri Olivier ou un proche, le fonds témoigne de l’ouverture au monde de ce grand voyageur qui savait s’entourer. La plupart des continents sont représentés : Europe, Asie, Afrique, Amérique. De 1898 à 1937, les sociétés traversées nous sont données à voir dans leur mode de vie ancestral, l’exotisme de leurs paysages, la richesse de leurs patrimoines. La stéréoscopie de ces plaques positives pour projection nous fait traverser en trois dimensions le Maroc, le Tonkin, le Laos, le Yunnan, le Japon, le Sénégal, New York, ou encore les contrées glaciaires du Spitzberg. Olivier fut en effet membre assidu du Stéréo-Club français dès sa fondation (1903), participant aux excursions organisées par l’association jusqu’en 1913, année où il démissionna pour cause de santé. Aux images se superposent des textes, véritables mémos numérotant et commentant chaque cliché, facilitant ainsi la fluidité du commentateur au moment de la projection.
Le même procédé fut utilisé pour les conférences-projections destinées à la Société française d’archéologie (SFA) dont Olivier fut membre. À partir de 1921, il en suivit tous les congrès, accompagné par sa fille aînée, Marthe, qui poursuivit son œuvre. Ces déplacements annuels permirent à Olivier de s’offrir un tour de France photographique dont le rendu s’effectuait en séances, textes et images de concert. Tout comme pour les voyages à l’étranger, le procédé appliqué est celui de la projection de plaques positives stéréoscopiques accompagnées, dans ce cadre, de commentaires plus fournis en descriptifs historiques et architecturaux des monuments présentés. Ce travail lui permit également d’œuvrer pour le musée des Monuments français, soutenu en cela par Paul Marcou (1860-1932), inspecteur général des Monuments historiques, et encouragé par son gendre, l’architecte José Soupre (1894-1960).
Outre cet aspect patrimonial important, le fonds témoigne aussi de l’intérêt du photographe et des siens pour l’actualité politique et culturelle de leur temps. Un ensemble de plus de 300 plaques montre la Grande Guerre vue de l’arrière, en particulier les lieux prodiguant des soins aux soldats blessés. Un autre s’attache à illustrer les expositions internationales de 1900, 1931 et 1937. Quelques lots documentent les funérailles de présidents, ou encore les visites officielles de personnalités étrangères.
En 1974, le fonds Olivier a été donné à l’État par Maïté Jouven, fille aînée de José Soupre, épouse de Georges Jouven (1911-1986), architecte en chef des Monuments historiques. Outre les archives conservant certains textes de présentation pour les conférences, la collection photographique se compose en elle-même d’environ 20 000 plaques de verre stéréoscopiques, positives et négatives. Une sélection de 3 000 plaques est actuellement présentée sur la base Mémoire de la MPP.
Fatima de Castro