Jean Pottier (1932 -)
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Jean Pottier naît en 1932 à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Après quelques années passées chez une de ses tantes au Mans (Sarthe), à la suite du décès de sa mère, il retrouve Courbevoie pour effectuer ses études secondaires, puis poursuit un cursus d’ingénieur à l’ESTACA (École supérieure des techniques aéronautiques et de construction automobile). Jeune diplômé, il fait ses premières armes à la SNCASO (Société nationale des constructions aéronautiques du Sud-Ouest), dans l’usine de Courbevoie, où il travaille sur la fabrication des chasseurs bombardier Vautour, puis quelques années à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), dans le bureau de dessin de l’avionneur. Au cours de ses années d’études, Jean Pottier développe le goût de la photographie et prend l’habitude de ne jamais sortir sans son appareil photographique, un Rolleycord, en bandoulière. Photographiant la rue et ses amis, il profite du club photo de son entreprise pour apprendre à développer ses films et à tirer ses premières images.
En 1957, un ami lui propose de faire des photographies pour la couverture du magazine Panorama chrétien. C’est sa première image publiée. Quelques mois plus tard, il abandonne son emploi dans l’industrie aéronautique pour devenir salarié de la revue. Il y alterne sujets d’illustration, comme le déplacement d’une maison à Châtillon-sous-Bagneux (Hauts-de-Seine), et des reportages sociaux comme celui réalisé en 1958 sur un orphelinat à Élancourt (Yvelines). Au bout de six ans, cette expérience s’arrête, même s’il publie encore dans le magazine devenu, en 1968, Panorama aujourd’hui.
L'une des premières séries du jeune photographe autodidacte est consacrée aux habitats insalubres du bidonville de Nanterre (Hauts-de-Seine). Marqué par les conditions de vie difficiles des familles algériennes qui y sont installées, Jean Pottier les photographie dans les ruelles, puis chez eux. Entre 1956 et 1964, ce travail au long cours lui permet de rencontrer les habitants et, peu à peu, de pénétrer les intérieurs. Il ne s’impose pas à ses sujets, n’hésitant pas à revenir régulièrement pour pouvoir les photographier. Ses images sans sensationnalisme ni artifice sont décisives pour l’orientation que Jean Pottier donne à sa carrière de photographe. Il y définit une méthode qu’il applique toujours aux sujets qui lui tiennent à cœur : être un observateur engagé tout en conservant la juste distance.
En 1963, Jean Pottier devient photographe indépendant, « journaliste-photographe » comme il aime encore à le préciser. Fidèle à ses engagements (montrer les conditions de vie de ses contemporains et le monde du travail dans toute sa diversité), il se tourne vers la presse sociale avec laquelle il collabore jusqu’en 2010. Ses images sont publiées dans Femmes d’aujourd’hui, Le Monde, Le Nouvel Observateur ou encore Usine nouvelle. Il est aussi un contributeur régulier de la presse syndicale éditée par la CFDT. C’est avec ce syndicat qu’il crée, au cours des années 1960, la première section de journalistes-photographes pigistes.
Au cours de sa carrière, Jean Pottier s’est focalisé sur des sujets comme le nucléaire, les conditions de travail dans l’industrie et dans le secteur tertiaire, ou l’habitat. Observateur direct de la mutation urbaine du quartier d’affaires de la Défense, où les tours de bureaux et les immeubles d’habitations remplacent les immeubles insalubres, Jean Pottier dirige son appareil sur la vie dans les grands ensembles qui s’élèvent à la périphérie des grandes villes pendant les Trente glorieuses. Il suit aussi l’aventure de la ville nouvelle de Chevilly-Larue (Val-de-Marne), où les fondateurs du groupe Architecture Principe, Claude Parent (1923-2016) et Paul Virilio (1932-2018), mettent en pratique leurs théories, et la création du quartier de la Villeneuve par l’architecte Valère Novarina à Grenoble (Isère). Jean Pottier se fait alors l’observateur d’une vie qui se construit, portant son appareil sur les circulations dans la ville nouvelle ou sur les équipements (théâtre, médiathèque, crèche ou collège) qui permettent, au fur et à mesure que les habitants s’approprient l’espace, de faire vivre le lieu.
Cette attention à la vie des Français au cours des cinquante dernières années est aussi liée aux reportages que Jean Pottier réalise sur les lieux de travail. Formé dans l’industrie, le photographe conserve, durant toute sa carrière, une curiosité pour le monde de l’entreprise. S’il photographie les usines, les ateliers de confection, les bureaux des administrations ou les salles des machines des centrales nucléaires, Jean Pottier est avant tout attentif aux conditions de travail des ouvriers et des employés.

En 2017, il fait don à l’État de près de 295 000 négatifs, 20 000 diapositives couleur, les planches-contacts associées, environ 10 000 tirages, ainsi qu’une dizaine de cartons de justificatifs de publications. Il devient ainsi le premier photographe qui choisit de faire confiance à la MPP pour préserver ses archives, alors même que l’établissement commençait à relever la politique des donations photographiques voulues par le ministère de la Culture depuis les années 1980.
VIGOUROUX Yannick 2025