À partir de 1917, Paul Castelnau et Fernand Cuville furent quasi les seuls opérateurs de la SPA à photographier en couleurs. Ils étaient affectés à cette charge unique et non plus en complément de prises en noir et blanc. Leur production est sans commune mesure : elle dépasse les 3 000 plaques pour la seule année 1917, contre même pas 200 pour l’ensemble de leurs prédécesseurs, ce qui marque à la fois la forte volonté de la direction, une réelle méthodologie sur le terrain et le fort soutien financier d’Albert Kahn. Leurs missions paraissent longues et appliquées, contrairement à celles de leurs confrères en noir et blanc, plus volatils. Paul Castelnau (1880-1944), géographe dans le civil, fut envoyé à Reims tout d’abord seul, fin janvier 1917. Les consignes – un exemplaire pour l’armée, un autre pour Albert Kahn – ne furent pas appliquées à la lettre ; on relève des vues non doublées avec, pour conséquence, des lacunes pour Kahn (l’armée est priorisée) et des faux doubles, refaits clairement au printemps 1917.
Ce court essai préliminaire préfigura la seconde mission de mars-avril. Il permit de cadrer et d’orienter la pratique, de pointer les difficultés dont les vues chronophages d’intérieurs d’église. Castelnau se vit alors adjoindre l’opérateur Fernand Cuville (1887-1927), musicien de métier. Leur relation ne relevait pas de l’assistanat, chacun tenant sa production sous son propre code, mais Castelnau paraît en avoir été le chef de file, sur la base de détails relevés.
Toutes les plaques ont pour format 9 x 12 cm, dimension des plaques de projection retenue par Albert Kahn ; ce dernier imposa son choix et son usage, tranchant avec ceux des autochromistes antérieurs de la SPA.
Les plaques de la SPA sont aujourd’hui conservées pour trois-quarts à la MPP, pour un quart à l’ECPAD. Une série continue de 81 plaques inventoriées manque.