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Paul Castelnau, Déjeuner de poilu : soldat en bleu horizon avec au fond une librairie endommagée place Royale, 1917/04/01
Paul Castelnau, Déjeuner de poilu : soldat en bleu horizon avec au fond une librairie endommagée place Royale, 1917/04/01 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos

Les fonds de la Première Guerre mondiale

La MPP conserve environ 120 000 tirages issus du fonds de la Section photographique de l’armée (SPA), dont plus de 37 000 en ligne sur la base de données Mémoire. Les tirages et les archives dont consultables sur rendez-vous au fort de Saint-Cyr.

 

 

Les objets

visite guidée

Présentation du fonds de la SPA

Pour vous aider dans vos recherches sur la base de données en ligne POP

Robert Sennecke, SCR : Section de centralisation du renseignement, ministère de la culture, Attaque du Landsturm (troupe de réserve), Biélorussie, 1914-1918
Robert Sennecke, SCR, ministère de la culture, Attaque du Landsturm (troupe de réserve), Biélorussie, 1914-1918 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion RMN-GP
Présentation du fonds de la SPA

visite guidée

La guerre des Balkans (1915-1918)

Les images présentes ont été produites par la section photographique et cinématographique de l'armée (S.P.C.A.) dès 1915, qui a envoyé un personnel nombreux (10 postes) pour effectuer ces "reportages de guerre". A Athènes, dans le cadre de l'Ecole française d'archéologie, Millet dirigea les opérations. La section d'Orient de la S.P.C.A. a procuré des documents particulièrement précieux aux Beaux-arts. Elle a reproduit d'abord tous les vestiges de monuments et d'objets antiques trouvés au cours de l'établissement des tranchées. Elle a aussi visité des régions de la Macédoine et de la Grèce peu connues et mal explorées au point de vue archéologique, et elle en a rapporté des documents d'un prix inestimable. C'est ainsi que tous les couvents et toutes les peintures du mont Athos ont été photographiés. À Athènes même, des séries précieuses de vues sur les monuments antiques ont été constituées. Tous ces documents serviront à illustrer les recueils archéologiques publiés par les armées de la République. Pour les besoins de l'armée d'Orient, l'Etat-Major et services techniques, la S.P.C.A.  a organisé à Salonique un détachement d'opérateurs munis d'un laboratoire et de tout le matériel nécessaire au développement et au tirage des clichés recueillis sur place. 2° Les services d'aviation de cette armée ont fait exécuter plusieurs films d'instruction par la S.P.C.A. 3° La S.P.C.A. a été chargée d'une édition de cartes postales pour la correspondance des troupes d'Orient. Rapport de 1918 sur le S.C.P.A. Nota Bene : Les tirages numérisés présentés ici ont été classés par le S.P.C.A. dans un fonds Orient. Les noms de lieux sont ceux utilisés à l'époque. Source : Le site Chemin de Mémoire, Le front d'Orient : 1915-1919. Que nous remercions. L'attentat de Sarajevo est l'élément déclencheur de la Première Guerre mondiale. Le jeu des alliances oblige les puissances européennes à s'engager les unes après les autres dans le conflit : 28 juillet 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. 6 août 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie. 11-12 août 1914 : la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Autriche-Hongrie 1er novembre 1914 : l'Empire ottoman entre en guerre aux côtés des puissances centrales (Allemagne et Autriche-Hongrie) Le camp retranché de Salonique La campagne d'Albanie  (Décembre 1916 - mai 1917) Après l'accord des gouvernements britannique et italien, réticents, le 15 septembre 1918, l'armée d'Orient passe à l'offensive dans deux directions :  - l'action principale au centre (forces serbes et françaises) en direction de Belgrade, par Usküb (aujourd'hui Skopje) pour couper en deux les armées bulgares, - une action secondaire (forces britanniques et grecques) à l'est vers la Bulgarie en direction de la vallée du Vardar et du lac Doiran.  Les divisions serbes progressent, appuyées par des unités grecques et françaises.  C'est dans ce cadre qu'a lieu la dernière charge de l'histoire de la cavalerie française : il s'agit du célèbre raid de la brigade à cheval des chasseurs d'Afrique du général Jouinot-Gambetta. Après avoir traversé 70 kilomètres de montagnes à près de 2000 mètres d'altitude, sans routes ni cartes ni fantassins et batteries de 75 pour les appuyer, les cavaliers foncent en direction d'Usküb, capitale de la Macédoine, prise par surprise le 29 septembre. Près de 300 000 soldats français, dont plus de 50 000 ne sont jamais revenus, ont combattu sur ces terres balkaniques où ils ont vécu une fraternité d'arme avec leurs alliés serbes, italiens, britanniques, australiens, néo-zélandais.    Ceux que Clemenceau avait appelé avec mépris "les jardiniers de Salonique", leur reprochant longtemps leur inaction, poursuivent la guerre cinq mois de plus que leurs camarades, postés en Roumanie et tenant le front sud de la Russie contre les bolcheviques. Ce n'est qu'en mars 1919 que les poilus d'Orient sont rembarqués d'Odessa avec le sentiment d'avoir injustement été les oubliés de la Grande Guerre. 

Camp d'Ambélonès : Débarquement des troupes serbes (avril 1916). Fête au dépôt de cavalerie. Au premier plan, le consul de Russie
Camp d'Ambélonès : Débarquement des troupes serbes (avril 1916). Fête au dépôt de cavalerie. Au premier plan, le consul de Russie © Ministère de la Culture (France), MPP, diff RMN-GP
La guerre des Balkans (1915-1918)

visite guidée

LE CAMEROUN

Dans les fonds de la SPA traitant du Cameroun pendant la première guerre mondiale à la MPP on trouve 3 opérateurs et 941 tirages: 8 tirages de Chaveyron, don de L'Illustration (périodique français), datés de 1915, 1 tirage du Caporal Chardy, don Ministère des Colonies, cl. Cap. [caporal] Chardy, daté de 1915, 932 tirages de Frédéric Gadmer (1878-1954), opérateur H de l'armée française. Gadmer est arrivé à Douala le 4 décembre 1916, il embarqua début août 1918 pour son voyage de retour. De son côté, L'ECPAD diffuse sur Images défense 2804 négatifs sur plaques de verre de cette mission. Véronique Goloubinoff de L'ECPAD a produit deux articles sur la mission de Gadmer : Du protectorat allemand au mandat français, le Cameroun en 1917-1918 vu par Frédéric Gadmer, photographe militaire, Véronique Goloubinoff, 22 novembre 2012. Le Cameroun en 1917-1918, Histoire, paysages, ethnies, vu par Frédéric Gadmer, photographe militaire, Véronique Goloubinoff, décembre 2013. En décembre 1916, soit dix mois après la fin de la conquête du Cameroun (Kamerun) sur l'Allemagne, Frédéric Gadmer, opérateur au sein de la Section Photographique et Cinématographique de l’Armée, arrive à Douala pour une mission de documentation visuelle. Durant un an et demi, il parcourt ce vaste territoire récemment annexé — d’une superficie comparable à celle de la France — en traversant d’ouest en est jusqu’à Yaoundé et Akonolinga, puis en descendant vers le sud jusqu’à la frontière avec la Guinée espagnole (aujourd’hui la Guinée équatoriale). Il entreprend ensuite un long voyage vers le nord jusqu’au lac Tchad, avant de revenir vers Douala.

Frédéric Gadmer, Tirailleurs rentrant de leur marche, 1916.12.30
Frédéric Gadmer, Tirailleurs rentrant de leur marche, 1916.12.30 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos
LE CAMEROUN

Autochrome

Les Autochromes de la SPA

« Le propre des grandes énigmes posées par l'histoire est de devenir plus obscures en devenant plus éclairées. » Thierry Maulnier Les plaques photographiques en couleurs produites durant la Première Guerre mondiale par la Section photographique de l’armée (SPA) n’appartiennent pas à la grande histoire. Elles sont même marginales dans le projet de grande ampleur d’enregistrement et de collecte mené par la SPA : 1 341 inscriptions aux livres d’entrée sur les 178 458 photos inventoriées, soit 0,7 %. Toutefois, ces plaques appartiennent aux premiers corpus valorisés par les institutions propriétaires et sont parmi les plus montrés. La couleur séduit. Il est connu que des Autochromes proches réalisées par des mêmes photographes de l’armée sont aujourd’hui conservées par l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) et par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie (MPP), la collection de cette dernière étant peut-être plus orientée sur les beaux-arts et les monuments historiques. Il est également connu que des plaques similaires à ces deux ensembles se trouvent au musée départemental Albert-Kahn (Hauts-de-Seine), lieu de conservation à la fois des jardins et des Archives de la Planète (AdlP), collections du banquier-mécène (1860-1940) qui a donné son nom au musée. Il est écrit de manière synthétique que l’armée et Albert Kahn s’associèrent en 1917-1918 dans un arrangement peu formalisé, chacun disposant d’un jeu de plaques, ce dernier en conservant au final un peu plus. Il est possible de s’en tenir à ces propos ou de progresser plus avant, au risque de devenir plus obscur à force de tenter d’expliquer et d’éclairer. Mais tout l’intérêt est là. La présente visite guidée vise à recentrer le propos du point de vue de la SPA et à restituer par l’image les différents ensembles inventoriés à l’époque, en PDF téléchargeables, dans une démarche de récolement centennal inter-institutions. Sauf exceptions, les plaques étaient, à l’origine, inscrites dans le flux photographique noir et blanc des livres d’entrée de la SPA, 17 au total à la fin de la guerre. Contrairement aux AdlP, où l’inventaire se construisait fidèle à l’ordre des prises de vue des opérateurs, les archivistes de la SPA réorganisaient les plaques en thématiques, dans des suites logiques favorables à leur monstration. Autre différence majeure avec Kahn, les plaques de l’armée sont – selon le vocabulaire de l’époque – « terminées », c’est-à-dire entièrement traitées, retouchées si nécessaire, montées avec un verre de doublage et numérotées. Elles étaient prêtes à être projetées. L’armée était le donneur d’ordre prioritaire à satisfaire, qui prenait des plaques finies et de qualité. Celles de Kahn sont majoritairement non terminées, une part restée avant les derniers apprêts, une autre entre le bain d’inversion et le second révélateur, laissée dans leur aspect technique intermédiaire jaune laiteux. Les terminer n’était pas l’objectif et les moyens mis dans le laboratoire insuffisants à cet égard. Les plaques des autochromistes Paul Castelnau et Fernand Cuville prises en 1917 n’y sont terminées qu’à 38 % ; cela semblait suffisant et déjà supérieur à la moyenne générale des AdlP, avec, à l’époque, la perspective de pouvoir les traiter ultérieurement – ce qui n’est aujourd’hui plus possible. On observe néanmoins de fortes disparités : le reportage en Alsace, terre natale d’Albert Kahn, est terminé à 83 %. Ces nuances techniques porteuses de sens sont peu clairement affichées sur les bases en ligne du musée Albert-Kahn, celles-ci donnant priorité à la lecture d’images à la qualité unifiée. Dans la présente étude, les plaques jaunes laiteuses apparaissent ainsi après application d’un filtre informatique dégradant. Des statistiques de répartition par institution clôturent chaque diaporama, complétées, pour Kahn, de données de traitement ; les ambigües plaques « ATT » y sont regroupées avec les « AT » sous la dénomination « Non terminées ». À l’instar de la base Images Défense de l’ECPAD, les notices sur la base POP Mémoire du ministère de la Culture intègrent désormais les légendes d’époque et les renvois vers les doubles (voire multiples) conservés au musée Albert-Kahn. À la MPP, les références des plaques s’appuient, non pas sur la numérotation (fédératrice) de la SPA, mais sur celle des opérateurs, chacun étant identifié dans le nommage par un préfixe. Ce choix remontant aux années 1980 est conservé : « CA » pour Paul Castelnau (opérateur CA), « CVL » pour Fernand Cuville (opérateur B), « ASC » pour Albert Samama-Chikli (opérateur L) et « AUB » pour Isidore Aubert (opérateur Z5). On note une liberté prise par rapport aux lettres code des opérateurs de la SPA et à la numérotation d’origine. Par ailleurs, les plaques des « petits » autochromistes – hors Castelnau et Cuville – étaient alors regroupées dans une série spécifique codée oméga (« ω »). À l’ECPAD, les références des plaques ont un unique préfixe « AUL » (pour Autochromes Lumière) qui révèle un invraisemblable parcours. Des Autochromes de la SPA ressurgirent d’un ensemble attribué à Jean-Baptiste Tournassoud (1866-1951), donné à l’ECPAD en 1973 par sa petite-fille, la chanteuse Mick Micheyl. Militaire de carrière et photographe, Tournassoud fut le dernier directeur en 1918-1919 d’une SPA en voie de dissolution, alors Service photographique et cinématographique de guerre (SPCG). Il emprunta ou s’arrogea des Autochromes de l’armée : les plaques grand format inventoriées plus la moitié de celles de Samama-Chikli, non inventoriées, toutes celles de la mission Verdun, des boîtes entières de Reims, d’Alsace, et quelques plaques choisies de la mission à la frontière franco-belge. Tournassoud (ou ses descendants) mélangea ses plaques à celles de la SPA et recota l’ensemble en une série unique AUL, marque d’une appropriation et d’un effacement. Alors à la tête du Service, il affirmait sa démarche de collectionneur dans ses activités de valorisation1. Si le nouvel ordre avait un aspect aléatoire, il indiquait tout de même des lacunes d’une centaine de plaques ; « indiquait », au passé, car l’ECPAD procéda à une concaténation de la cotation, comblant les vides. Deux inventaires « AUL » se superposent donc, celui de Tournassoud et celui revu par l’ECPAD, aujourd’hui communiqué. La logique a été recouvrée a posteriori par les équipes successives de l’ECPAD, lancées dans une patiente enquête de réattribution. Quatre numérotations d’époque, plus trois créée par la MPP, plus deux à l’ECPAD, plus celle du musée Albert-Kahn, ce ne sont pas moins de dix systèmes de cotation qui se superposent et se croisent, réclamant une certaine souplesse de l’esprit pour l’archiviste ou le chercheur. Dans le présent travail, les cotes d’époque sont privilégiées, celles de la SPA mises en avant. Le corpus d’Autochromes de l’armée reste depuis 1919 divisé, réparti aujourd’hui entre deux services de l’État : la MPP et l’ECPAD. Une grande majorité des plaques est bien présente et traçable. 130 plaques inventoriées autrefois par la SPA manquent toujours dont, notablement, une boîte complète sur la cathédrale Notre-Dame de Reims, sans qu’il soit possible d’affirmer qu’elle se soit égarée dans la famille Tournassoud ou dans les méandres du Palais-Royal, siège de la SPA, ou des réserves du palais de Chaillot. De plus, des plaques réputées connues sont non localisées après récolement ; certaines apparaissent cassées quand d’autres sont verdâtres, conséquence d’un dégât des eaux. Grâce aux reproductions argentiques et, plus récemment, numériques, et grâce aux plaques doubles conservées au musée Albert-Kahn, il est possible de combler les lacunes et de retisser les liens. Chez Kahn, curieusement, les quantités sont excédentaires par rapport à l’inventaire historique ; la méthodologie présentait quelques déficiences avec des plaques reportées en fin de trains d’inventaire, certaines post-inventoriées des années après quand d’autres ne l’étaient pas du tout, non décrites. Là également, les documentalistes du musée réalisèrent, à partir des années 1980, un long travail de classement géographique et thématique. Quelques bonnes surprises peuvent toujours surgir d’ensembles alors rejetés ou d’amicales donations. Durant le siècle écoulé, les Autochromes de la SPA endurèrent de nombreux aléas de conservation, que ce soit les plaques prises par Tournassoud ou celles des Beaux-Arts où elles subirent des déménagements successifs dans un désintérêt relatif entre les années 1920 et 1980. Les PDF téléchargeables de cette visite guidée rétablissent les suites inventoriées et on peut, somme toute, se satisfaire de la donation de Mick Micheyl et de l’existence de doubles et de reproductions qui, comme cela se pratique lors des sauvegardes informatiques, permettent de rétablir la mémoire du travail accompli. Ronan Guinée (chargé du fonds Guerre), 2025 En savoir plus Accès aux bases à la MPP : → Autochromes SPA sur la base Mémoire à l'ECPAD : → Autochromes SPA sur la base Images Défense Plus douze Autochromes de Jean-Baptiste Tournassoud remises en 2015 par le Cercle national des armées. Plus deux autochromes attribuées à Tournassoud ou à Samama-Chikli acquises en 2024 et conservées sous la cote D0508-001. Plus treize autochromes attribuées à Tournassoud acquises en 2024 et conservées sous la cote D0519-001. au musée départemental Albert-Kahn : → Castelnau → Cuville Livres et articles  Sur les Autochromes Lumière : Bertrand Lavédrine, Jean-Paul Gandolfo, Ronan Guinée, [et al.], L'Autochrome Lumière : secrets d'atelier et défis industriels, Paris, CTHS, 2009. Sur les Autochromes Guerre du musée Albert-Kahn : Véronique Goloubinoff, Ronan Guinée, Anne Sigaud, « Albert Kahn et la Section photographique de l’armée : un échange d’intérêts bien compris », dans Anne Sigaud (dir.) et Valérie Perlès, Réalités (in)visibles : autour d'Albert Kahn, les archives de la Grande Guerre, Paris, Bernard Chauveau, 2019. Sur les autochromistes Castelnau et Cuville à Reims : Hervé Degand (dir.), « Reims, tableaux d’une ville en guerre, Paul Castelnau et Fernand Cuville », dans Couleurs de guerre : Autochromes 1914-1918, Reims et la Marne, Paris, Monum, Éditions du Patrimoine, 2006. Sur l’autochromiste Cuville : Albane Brunel, « Louis-Fernand Cuville (1987-1927) », dans Images interdites de la Grande Guerre, Rennes, Presses universitaires de Rennes, Ivry-sur-Seine, ECPAD, 2014. Sur les Autochromes de l’ECPAD : Véronique Goloubinoff, « La collection d’Autochromes de l’ECPAD », 2015, consulté le 4 novembre 2024 sur sourcesdelagrandeguerre.fr. Sur les évolutions des services photographiques du ministère des Beaux-Arts : Anne Fourestié et Isabelle Gui, Photographier le patrimoine aux 19e et 20e siècles. Histoire de la collection photographique la Médiathèque de l'architecture et patrimoine (1839-1989), Paris, Hermann, 2017.  

Fernand Cuville, Section des mitrailleurs, 1917
Fernand Cuville, Section des mitrailleurs, 1917 © Ministère de la Culture, MPP, diff. GrandPalaisRmn Photos
Les Autochromes de la SPA

Autochrome

Corpus oméga (ω) - Autochromes de la SPA

Corpus oméga (ω) et plus Ce corpus d’Autochromes n’est pas la production d’un photographe de la SPA, mais le regroupement de celles de plusieurs opérateurs qui n’ont pas été enregistrées sous leurs lettres code propres, mais sous la lettre générique grecque oméga (ω). Ces prises de vues en couleurs s’inscrivaient dans les missions de la Section, en complément des reportages en noir et blanc. Elles sont toutefois faibles en quantité : seules 76 plaques « ω » sont mentionnées dans les livres d’entrée de la SPA. Ce sont Édouard Brissy (opérateur D), Pierre Machard (opérateur C), Paul Queste (opérateur B), Isidore Aubert (opérateur Z5) et, non inventorié, Albert Samama-Chikli (opérateur L). Tous sont présents dans les collections de l’ECPAD, les deux derniers également dans celles de la MPP. Le cas de Goulden est à part : il est l’unique donateur et ses cinq plaques, bien que inventoriées et codées pareillement « ω », ne semblent plus exister. Le caractère de cette production reste exceptionnel : cinq rares opérateurs de la SPA manièrent la couleur sur les cent vingt-six recensés par l’ECPAD. Cela affirme leurs volontés individuelles, mais dans un cadre professionnel. Avec la venue en 1917 des nouveaux opérateurs Castelnau et Cuville, l’Autochrome devint plus intense et quasi-exclusive. Contrairement à la pratique de la SPA, la série « ω » n’a pas fait l’objet de la tenue d’un livre opérateur propre ; deux récapitulatifs se trouvent isolés en fin de registres de légendes Z (67 numéros) et ZN (liste augmentée à 123 numéros), tous deux conservés à la MPP. L’inscription des plaques ne souffrit d’aucun retard, les premières étant réalisées dès juillet 1915, soit peu de temps après la création de la Section, et rapidement enregistrées (n° 9 818 et suite). Après 76 plaques « ω » et le livre d’entrée n° 3, la bonne tenue documentaire s’étiola. En 1918, 15 plaques médicales et 14 d’Alsace furent inventoriées, mais sans le code « ω », semble-t-il abandonné ; les nombreuses Autochromes de Samama-Chikli datant de 1916 ne le furent pas du tout et questionnent. Le diaporama ici téléchargeable détaille les plaques de ces « petits autochromistes » de la SPA, donc hors Tournassoud, en s’appuyant sur les attributions indiquées par l’ECPAD, complétées au mieux mais, faute d’informations d’époque précises, avec des risques d’erreurs. Bien que non précisés sur les inventaires, les formats des plaques sont un réel indice, ici portés. Elles sont grandes, 13 x 18 cm, avec d’exceptionnelles 15 x 20 cm et des 10 x 12,5 cm qui se comprennent comme des reproductions. Ronan Guinée (chargé du fonds Guerre), 2025

Aubert, Trois soldats atteints de conjonctivite intoxiqués le 23 mars 1918 ; photographie médicale, 1918.04.01
Isidore Aubert, Trois soldats atteints de conjonctivite intoxiqués le 23 mars 1918 ; photographie médicale, 1918.04.01 © Ministère de la Culture, MAP, diff. GrandPalais RMN
Corpus oméga (ω) - Autochromes de la SPA

Corpus Reims, premier trimestre 1917 - Les Autochromes de la SPA

À partir de 1917, Paul Castelnau et Fernand Cuville furent quasi les seuls opérateurs de la SPA à photographier en couleurs. Ils étaient affectés à cette charge unique et non plus en complément de prises en noir et blanc. Leur production est sans commune mesure : elle dépasse les 3 000 plaques pour la seule année 1917, contre même pas 200 pour l’ensemble de leurs prédécesseurs, ce qui marque à la fois la forte volonté de la direction, une réelle méthodologie sur le terrain et le fort soutien financier d’Albert Kahn. Leurs missions paraissent longues et appliquées, contrairement à celles de leurs confrères en noir et blanc, plus volatils. Paul Castelnau (1880-1944), géographe dans le civil, fut envoyé à Reims tout d’abord seul, fin janvier 1917. Les consignes – un exemplaire pour l’armée, un autre pour Albert Kahn – ne furent pas appliquées à la lettre ; on relève des vues non doublées avec, pour conséquence, des lacunes pour Kahn (l’armée est priorisée) et des faux doubles, refaits clairement au printemps 1917. Ce court essai préliminaire préfigura la seconde mission de mars-avril. Il permit de cadrer et d’orienter la pratique, de pointer les difficultés dont les vues chronophages d’intérieurs d’église. Castelnau se vit alors adjoindre l’opérateur Fernand Cuville (1887-1927), musicien de métier. Leur relation ne relevait pas de l’assistanat, chacun tenant sa production sous son propre code, mais Castelnau paraît en avoir été le chef de file, sur la base de détails relevés. Toutes les plaques ont pour format 9 x 12 cm, dimension des plaques de projection retenue par Albert Kahn ; ce dernier imposa son choix et son usage, tranchant avec ceux des autochromistes antérieurs de la SPA. Les plaques de la SPA sont aujourd’hui conservées pour trois-quarts à la MPP, pour un quart à l’ECPAD. Une série continue de 81 plaques inventoriées manque. Paul Castelnau Mission 1, 26 janvier-11 février 1917, Mission 2, 1er mars-6 avril 1917. Fernand Cuville Mission 1, fin février-début avril 1917. Ronan Guinée (chargé du fonds Guerre), 2025

Fernand Cuville, Petite rémoise : fillette jouant à la poupée dans la rue ; À côté delle, fusils et sac de soldat, Reims, 1917
Fernand Cuville, Petite rémoise : fillette jouant à la poupée dans la rue ; À côté delle, fusils et sac de soldat, Reims, 1917 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Corpus Reims, premier trimestre 1917 - Les Autochromes de la SPA

Autochrome

Autres missions Castelnau et Cuville, 1917 -Autochromes de la SPA

Dans des régions rendues accessibles selon les fluctuations du front, Castelnau et Cuville photographièrent désormais séparément, mais pas seuls. Les documentalistes de l’ECPAD sont habiles pour établir des liens avec les plaques noir et blanc et les films cinématographiques, préservés par l’Établissement. Les deux autochromistes conservèrent pleinement leur spécialité et revisitèrent, en couleurs, des sites déjà enregistrés en noir et blanc par la SPA, voire se retrouvèrent en équipe, encadrés en compagnie de collègues et de journalistes. La lenteur de la prise de vue en Autochrome les bridait toutefois dans le cadre de reportage d’actualités, comme la visite du roi d'Italie Victor-Emmanuel III le 28 septembre 1917 à Noyon (Cuville) ou une revue de fusiliers marins à Saint-Folquin (Pas-de-Calais) le 8 septembre 1917 (Castelnau).  Les missions de Castelnau furent plus nombreuses, mais plus courtes. Au total, la SPA enregistra peu ou prou le même nombre de plaques pour chacun d’eux : 348 pour Castelnau, 383 pour Cuville. Les compétences acquises à Reims se déployèrent pleinement ; les clichés de personnes, d’architecture et de trésors religieux réalisés par Cuville à Noyon devancèrent le très beau travail à venir au mont Athos (Grèce), en 1918. Ce dernier se montra moins strict dans la tenue de ses notes ; les dates n’étaient pas son fort. Les légendes sont correctement posées, mais on aurait pu s’attendre à un autre niveau de la part de Castelnau, géographe de formation, à peine plus pertinent, bien moins que Jean Brunhes, son « maître », directeur scientifique des AdlP.  L’année 1917 fut, pour ces deux opérateurs, celle de l’Autochrome sur le sol français. La collaboration de la SPA avec Albert Kahn se poursuivit en 1918 sous une autre forme, à l’étranger.  Les missions de Paul Castelnau  Mission 3, Alsace, 1er-24 juin 1917 : plaques de la SPA aujourd’hui conservées à l’ECPAD pour 3/5e, à la MPP pour 2/5e. Interlude parisien, juillet 1917 : plaques exclusives de la SPA conservées à la MPP, sans doubles au musée Albert-Kahn. Mission 4, frontière franco-belge, 25 août-11 septembre 1917 : plaques conservées à la MPP, quelques-unes à l’ECPAD. Mission 5, Verdun, 19-26 octobre 1917 : plaques conservées à l’ECPAD.  Les missions de Fernand Cuville  Mission 2, Soissons, 23 mai-juillet 1917 : plaques conservées à la MPP. Mission 3, Noyon, 20 septembre-novembre 1917 : plaques conservées pour moitié à la MPP, l’autre moitié à l’ECPAD.  Ronan Guinée (chargé du fonds Guerre), 2025

Fernand Cuville, Vue éloignée du côté est du monastère, République monastique du Mont-Athos, Grèce,1918
Fernand Cuville, Vue éloignée du côté est du monastère, République monastique du Mont-Athos, Grèce,1918 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Autres missions Castelnau et Cuville, 1917 -Autochromes de la SPA

Missions Castelnau et Cuville, 1918 - Autochromes de la SPA

La guerre n’était pas finie et les opérateurs de la SPA restèrent mobilisés. Toutefois, au vu des nombreuses plaques présentes aux AdlP prises au Moyen-Orient, en Italie et en Grèce, on pourrait croire à une forme d’affectation de personnels au projet d’Albert Kahn. 113 plaques du mont Athos sont aujourd’hui conservées à la MPP, donc bien remises à l’armée. La procédure, un jeu pour l’armée, un autre pour Kahn, perdurait donc. L’accord aurait-il été modulé, orienté avec la SPA vers le sous-secrétariat d’État aux Beaux-Arts, sa demi-tutelle ? Rien ne permet de l’affirmer : les archives sont peu disertes et la mobilisation militaire continuait pleinement.  Le jeu de plaques du mont Athos de l’armée fut, comme en 1917, entièrement terminé et de qualité, mais aucune n’a été inventoriée par la SPA, ce qui n’a rien d’étonnant. Réalisées en septembre 1918, elles ont été remises à la fin de la guerre si on tient compte des temps du voyage retour et du traitement. La Section avait, entre-temps, vécu un audit et une réorganisation imposée, en attendant sa dissolution inévitable après l’arrêt des hostilités. Le service paraît désorganisé et nombre de plaques noir et blanc produites en 1918-1919 n’ont jamais été inscrites aux livres d’entrée. Ce sont des années grises, avec des missions lancées et un service administratif aux Beaux-Arts qui ne suivait pas ; les Autochromes grecques sont loin d’être un cas à part.  Comme en Alsace, à Noyon ou à Soissons, les plaques en couleurs du mont Athos complètent de nombreux clichés réalisés en noir et blanc par les opérateurs A, K, T et V. Les Autochromes furent indubitablement réalisées dans le cadre de la SPA. En revanche, le long voyage de Cuville en Italie au printemps-été 1918 interroge. Les prises de vues furent là encore doublées ; la méthodologie sur le terrain restait inchangée, mais les deux jeux furent conservés par Kahn. N’ont-elles pas été partagées avec la SPA, par défaut ? L’hypothèse ne peut être écartée, des plaques de Cuville prises dans l’Aisne en 1917 auraient pu, à leur lecture, être promises à la SPA ; il est un fait qu’elles sont restées chez Kahn, laissées parmi les ensembles non inventoriés, rejetées quoique que finies, et exclues des boîtes disponibles pour les projections.  Quant à Castelnau, sa longue mission de neuf mois au Levant et en Arabie paraît avoir été une variante. Il photographia pour l’armée et pour Albert Kahn, mais en noir et blanc pour l’un et en couleurs pour l’autre. Les jeux respectifs furent conservés par chacune des parties. Des Autochromes furent doublées, mais pas avec le systématisme qui prévalait jusqu’alors, sans intention vraisemblable de photographier en Autochromes pour la SPA.  En 1919, Castelnau et Cuville furent employés par Albert Kahn et rejoignirent d’anciens de la Section, Frédéric Gadmer, Camille Sauvageot, Lucien Le Saint ou Georges Thibaud. Ils retournèrent dans les régions dévastées enregistrer les ruines et les efforts de reconstruction. Mais ce fut une autre histoire qui ne concernait plus l’armée.  Ici, seul le diaporama du mont Athos est proposé au téléchargement. Ronan Guinée (chargé du fonds Guerre), 2025

Fernand Cuville, Ensemble de cellules particulières, dans la montagne, République monastique du Mont-Athos, Grèce, 1918
Fernand Cuville, Ensemble de cellules particulières, dans la montagne, République monastique du Mont-Athos, Grèce, 1918 © Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, diffusion GrandPalaisRmn Photo
Missions Castelnau et Cuville, 1918 - Autochromes de la SPA